LE BLOGNADEL - LE BLOG DE GILLES WILLIAM GOLDNADEL
DISTRACTIONS
Lundi soir, le 29 janvier, je reçois au Press Club, Éric Aeschimann, Journaliste à Libération, et co-auteur de Chirac d'Arabie ouvrage que j'ai déjà vanté dans le blognadel.
L'homme est intelligent, plutôt sympathique, et assume avec une honnêteté tranquille un pro-palestinisme tempéré. Il se révélera passionnant.
En aparté, et avant la conférence, Aeschimann me reproche courtoisement le procès fait à Morin, au regard de la liberté d'expression.
Je lui objecte, qu'à ma connaissance, aucune pétition d'intellectuels sur ce pertinent fondement, n'a été publié dans son journal pour prendre la défense, par exemple, du député Vanneste, condamné pour avoir critiqué l'homosexualité ou de Georges Frèche poursuivi pour avoir moqué, de manière colorée, la composition de l'équipe de France de football.
J'ai eu l'impression que jamais ce garçon n'avait entendu un tel argument.
Et, de fait, la liberté d'expression, dans ce pays étrange, n'appartient, et ne saurait être invoquée – et même évoquée – que par un seul camp, par ailleurs intraitable à l'égard des idées qu'il déteste.
Et tant pis pour la contradiction.
Manière de parler, puisque la contradiction, précisément, n'a pas droit d'expression.
Un autre exemple, en passant.
Je regarde ce soir l'excellente chaîne Histoire.
Sujet récurrent et affinitaire : la déportation des Juifs Hongrois. À la fin du sujet, des soldats alliés qui viennent de découvrir Auschwitz et ces atrocités, racontent, sans état d'âme particulier, la manière dont ils ont fait parler Rudolf Hoess, le commandant du camp, en le rossant de belle manière et en obtenant ainsi la reconnaissance de son identité.
Au regard des critères moraux et juridiques d'aujourd'hui, il ne fait aucun doute qu'il s'agit d'une torture répréhensible et réprimée.
Et bien, j'avoue. Non seulement, je n'ai pas désapprouvé la méthode efficace d'investigation, mais même 60 ans après, j'ai éprouvé une satisfaction sans mélange d'apprendre que le nazi avait pu ressentir une toute petite parcelle d'échantillon de la souffrance subie par ses victimes.
Et en écrivant cela je ne crois attenter ni à la morale ni à l'intelligence.
Seulement au droit positif actuel qui, à n'en pas douter, me rend passible du délit d'apologie de la torture.
Et si on me pousse un peu je pourrais m'interroger sur le cas du terroriste ayant dissimulé une bombe.
Mais qui diable, dans ce cas, défendra ma liberté d'expression ?
Et comme je suis en forme, je voudrais pousser l'infamie jusqu'à son terme.
J'avoue également, qu'il ne m'apparaît pas que la dernière loi française visant à empêcher le rétablissement très hypothétique de la peine de mort, constitue une avancée éblouissante vers la lumière éternelle.
Non que je sois un suppôt exalté de la peine capitale. Je fais mienne la plupart des objections à son encontre, à l'exception évidente du risque de récidive.
Non, mais ce sont les abolitionnistes d'aujourd'hui qui posent un dramatique problème de timing.
Ils n'ont pas remarqué, les malheureux, qu'aujourd'hui, ce ne sont pas les États démocratiques occidentaux qui font office de bourreaux. Mais les groupes et les individus.
Et pourtant, ils continuent de gaspiller leur formidable énergie et leur redoutable entregent à réserver leurs coups contre le principal rempart contre une barbarie désormais sans uniforme.
Il peut arriver que la distraction tourne à la diversion.