LE BLOGNADEL - LE BLOG DE GILLES WILLIAM GOLDNADEL
UN VRAI REBELLE
Il existe un miracle vivant au sein de l'extrême gauche française. Il a pour nom Philippe Val. En réalité, c'est un faux miracle, parce que Charlie Hebdo – le journal dans lequel le précité est le directeur – éditorialiste est le seul vrai journal non-conformiste de la presse parisienne. Je vais donc me faire un plaisir de citer certains extraits de son éditorial du 12 novembre, en espérant qu'un grand nombre de révolutionnaires en chambre, d'artistes généreux (pardon pour le pléonasme) et révoltés (excuser le lieu commun) ainsi que d'anarchistes assistés en auront pris connaissance.
Je vais également me faire un devoir de le citer car il y a peu de chance qu'un tel édito soit repris dans la revue de presse d'une Clotilde Dumetz sur France Inter... :
« La politique étrangère n'est jamais réellement débattue à l'Assemblée Nationale et demeure, allez savoir pourquoi, le "domaine réservé" du Président de la République, son ministre n'étant qu'un bas de soie contenant les déchets de la pensée du chef. (...) À quelques nuances près, pour toute grande affaire, journaux, télés et radios répètent ce que raconte le Quai d'Orsay qui lui-même n'est plus que la "vitrine légale" du ministère des finances. (...).
Prenons la France. Sa "politique arabe" s'affirme, en creux, hostile à l'État d'Israël. L'opinion des Français, majoritairement, de l'extrême gauche à l'extrême droite, pour des motivations différentes et avec quelques nuances, qui vont de l'antiaméricanisme à l'antisémitisme, adhère à la politique officielle. Notre business avec les pays arabes nous empêche d'avoir une position crédible d'arbitre, et nous fait préférer l'impuissance partisane à l'efficacité diplomatique. (...). Les massacres du Darfour sont perpétrés par des Arabes contre des Noirs. Tous sont musulmans. Le Soudan a du pétrole. La Chine en consomme la moitié.
La Chine s'entend bien avec les Arabes qui tiennent le pouvoir au nord. Ils n' en ont rien à foutre des Noirs. De plus, la plupart des victimes sont des enfants et des femmes qui sont violées avant d'être tuées. Cumuler la couleur noire et le sexe féminin, c'est vraiment chercher les emmerdements.
Donc, tout le monde s'en fout. On a peur, en vexant El Bachir, le dictateur de Khartoum, d'énerver d'autres Arabes dans le monde, car on sait qu' en ce moment ils sont susceptibles. Les mêmes qui s'indignent avec raison lorsqu'un civil palestinien est assassiné sifflent gaiement en regardant ailleurs lorsque des milliers de femmes et de gosses sont massacrés. La question se pose : si c'était des Juifs qui massacraient au Darfour, l'indignation ne se réveillerait-elle pas soudainement.... (...).
On se souviendra de l'Iran, et du rôle de la France, qui joue ici, si l'on peut dire, son "avenir historique". On peut craindre qu'il reste, dans les mémoires, comme une haute trahison... Si la communauté internationale brille par son inexistence, il faut bien avouer que la France y est pour beaucoup. Sa politique et comme un rideau mélancolique qui se ferme sur le dernier acte d'une comédie où elle joue le rôle de Tartuffe. Les intérêts de nos entreprises – qui ne sont pas, rappelons-le, les mêmes que les nôtres, mais ceux des meilleurs amis du président de la république, passent loin devant nos devoirs de membre prestigieux de la "communauté internationale".
Pourtant, l'objectif est clair et l'enjeu d'importance : il s'agit d'empêcher une théocratie qui ne dissimule nullement ses projets guerriers de se doter de l'arme atomique.
Lorsqu'elle l'aura, elle la lancera sur Israël, puisque le projet de rayer cet état de la carte a été clairement annoncé. Ce sera alors la troisième guerre mondiale (...). Si la France ne veut rien faire pour empêcher cela, c'est que toute mesure de rétorsion contre l'Iran à laquelle elle participerait nuirait aux intérêts entre autres de Total et de la BNP. Les 25 milliards de dollars de business que la France a fait avec l'Iran depuis que Chirac est président créent davantage de liens que n'importe quelle solidarité démocratique au sein de la "communauté internationale". 25 milliards, c'est du solide, ça, Madame. Pas du fumeux comme "l'avenir de la paix".
Que la génération qui monte se démerde ».
Rien à ajouter. Si. Comme un miracle n'arrive jamais seul, je recommande la lecture de toute urgence de "Chirac d'Arabie" (Grasset), dont, allez savoir pourquoi, la presse hexagonale fait assez peu de cas. Écrit par Éric Aeschiman et Christophe Boltanski tous deux journalistes à Libération, et pas membres de France-Israël pour un sous.
Ce livre constitue un réquisitoire accablant d'une "Politique arabe de la France" fondée d'avantage sur le mercantilisme et la corruption plutôt que sur l'intérêt du pays et de ses habitants. Il fut un temps, au moins, où cela se savait et se disait.
Aujourd’hui, pour le même prix, on fait passer cela pour de la mise en application de grands et généreux principes. Avec l’assentiment docte et béat d’une presse alignée.
Heureusement, il y a des Val, des Aeschiman et des Boltanski.
GWG