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9 décembre 2015 3 09 /12 /décembre /2015 17:08

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Publié le 09/12/2015

Goldnadel: Israël, Turquie, le deux poids deux mesures

FIGAROVOX/CHRONIQUE - Pour Gilles-William Goldnadel, l'Union européenne fait preuve d'injustice quand elle étiquette différemment les produits israéliens et ceux en provenance des colonies sur les territoires palestiniens. Elle n'a pas cette sévérité pour la Turquie qui colonise le Nord de Chypre.

Gilles-William Goldnadel est avocat et écrivain. Il est président de l'association France-Israël. Toutes les semaines, il décrypte l'actualité pour FigaroVox.

On peut porter le regard que l'on veut sur le statut des territoires disputés entre l'Autorité palestinienne et l'État d'Israël. On peut parfaitement les considérer comme «occupés», quand bien même l'on saurait que ceux-ci n'ont jamais appartenu à un état quelconque et que les lignes d'armistice de 1948, n'ont jamais été les «frontières» de l'État juif, contrairement à ce qui est constamment rabâché. On peut parfaitement appréhender Jérusalem-est avec le même regard, tout en sachant que les Nations unies ont voulu faire de la cité de David «un Corpus Separatus» avant qu'en 1948 la Légion Arabe ne massacre ou n'expulse la population juive de la Vieille Ville, présente depuis des siècles, dans une épuration ethnique aujourd'hui soigneusement occultée.

On peut même, tant qu'on y est, nommer «colonies» les implantations juives que les gouvernements israéliens successifs ont cru devoir favoriser depuis 1967 en Judée-Samarie-Cisjordanie, en dépit de la lourde connotation du mot. Encore que l'imagination de l'auteur est impuissante à décrire la réaction publique au cas où il utiliserait le même vocable pour qualifier certains quartiers français habités par des populations étrangères parfois privées de titres. Après tout, et quel que soit l'avenir futur des territoires controversés, un linguiste féru d'Histoire pourrait sans se commettre regarder la présence d'un Juif en Judée aussi légitime que celle d'un Algérien à Saint-Denis. Mais il est vrai que s'en remettre aujourd'hui à la langue ou à l'Histoire pour montrer la direction du droit n'est pas loin de pécher contre le temps présent.

On peut tout cela sans approuver aucunement la décision européenne d'étiqueter différemment les produits venant des territoires «palestiniens» de ceux venant de l'État d'Israël. Au demeurant, la gauche israélienne, si opposée qu'elle soit à la conservation définitive des territoires conquis après la guerre imposée des six jours, est tout aussi opposée à l'étiquetage controversé.

Il est vrai que, contrairement à ce que prétend le gouvernement israélien, il ne s'agit pas stricto sensu d'une mesure de boycott. Il est encore plus vrai que comparer cette mesure à celles prises par les autorités nazies contre les entreprises juives relève de l'indécence.

Il n'en demeure pas moins qu'au regard du droit naturel et de la simple équité, un être épris de justice est parfaitement fondé à la trouver dangereusement inique.

Il suffit pour cela de comparer cette décision particulière et l'attitude générale européenne à l'égard d'Israël à celle de la même Europe envers la Turquie.

Ce pays occupe la moitié de Chypre depuis plus de 50 ans. Cette occupation - totalement, elle, passée politiquement et médiatiquement sous silence - présente infiniment moins de justifications sécuritaires existentielles et historiques que la présence israélienne dans les contrées précités. Et pourtant, alors que cette occupation concerne le territoire européen, les autorités européennes n'envisagent aucunement d'édicter la même mesure d'étiquetage que celle concernant des territoires étrangers à son espace…

Au-delà de cette injustice indigente, il n'est pas interdit de faire remarquer que l'État turc occupant ne mérite pas une indulgence particulière. Voilà un pays qui maltraite sa population kurde et la bombarde violemment à l'extérieur de son territoire. Voilà un régime désormais quasi dictatorial qui emprisonne ses journalistes. Voilà un état islamiste qui joue un double jeu avec l'État islamique.
Et c'est précisément, avec cet état rien moins que fiable et démocratique que l'Europe aux abois décide de s'en remettre pour qu'il règle à sa place, et moyennant une rançon de 3 milliards d'euros, sa question migratoire.…

Le même état exige pour prix de son assistance à continent en péril, outre la délivrance de centaines de milliers de visas, son billet d'entrée à l'intérieur de la Communauté. Celle-ci a accepté le principe de la reprise des pourparlers, en reniant les siens face aux manquements démocratiques, à l'occupation du territoire chypriote mais encore et peut-être surtout à la perspective identitaire suicidaire de l'arrivée d'un pays islamique et largement asiatique.

Dans le même temps, l'Unesco adoptait une résolution surréaliste conférant, à la demande de l'Autorité palestinienne, aux tombeaux des Patriarches un caractère islamique. [ndlr: Selon des diplomates palestiniens et israéliens, le texte de la résolution de l'Unesco réaffirme que les deux sites palestiniens du Tombeau des Patriarches à Hébron et de la mosquée à Bethléem font partie intégrante de la Palestine.] Plusieurs voix européennes, dont celle de la France ont apporté leur suffrage. Il ne s'en est pas fallu de beaucoup pour qu'il en soit de même pour le Mur des lamentations, sans que la France ne s'y oppose !…
Comment davantage montrer la négation par des politiciens et fonctionnaires européens acculturés des racines judéo-chrétiennes de leur vieux continent ?

Le présent article n'est pas seulement écrit pour dénoncer une attitude qui consiste à traiter l'État juif en juif des États et en tête de Turc de la communauté européenne. Il n'est pas seulement écrit pour montrer que l'Europe, ce faisant, perd sa légitimité à prétendre peser dans la résolution pacifique de la dispute territoriale, religieuse et nationale centenaire opposant Juifs et Arabes en Terre Sainte.
Elle montre une arrogance pathétique à vouloir se refaire une improbable santé en s'arrogeant le droit de déterminer les frontières à tracer entre les uns et les autres, alors qu'elle n'est même plus capable de défendre les siennes.

Le présent article est surtout écrit pour montrer qu'en se couchant devant l'État ottoman, tout en reniant le seul État démocratique au Levant, l'Europe d'Occident en dit long sur elle-même et sur ses reniements.

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Published by GOLDNADEL Gilles William
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commentaires

Ælfwine 15/12/2015 10:02

Me Goldnadel,
Une fois de plus, vous résumez fort bien la question. La politique d'Israël peut fort bien être discutée, mais il reste incompréhensible que l'on n'en fasse pas autant à l'égard de pays bien moins démocratiques... le cas de Chypre étant d'autant plus évident qu'il s'agit d'un pays de l'Union Européenne !

Coco 10/12/2015 10:20

2 poids 2 mesures ?

Rachel Corrie, vous connaissez ? Tapez ce nom sur internet et vous verrez combien la presse française le connaissait. Une gauchiste américaine écrasée accidentellement par un bulldozer israelien et qui a fait les gros titres de la presse mondiale et particulièrement française.

Maintenant regardez cette vidéo où l'on voit un blindé français écraser un homme en Centrafique. Quelqu'un connaitrait-il son nom ? Cet homme manifestait-il contre les opérations françaises ? menaçait-il quelqu'un ? Cherchez les gros titres dans la presse française.

https://www.youtube.com/watch?v=01wJ993Nt5Q

https://www.youtube.com/watch?v=01wJ993Nt5Q

Phil 13/12/2015 21:31

C'est absolument consternant !!

Coco 10/12/2015 10:02

Vous voulez un 2 poids 2 mesures ? Imaginez un instant ce qui se passerait si des soldats israéliens contraignaient des enfants arabes à des relations sexuelles en échange de nourriture, comme des soldats français l'ont fait en Centrafrique.


Là ou l'on incriminerait sans délai toute l'armée israelienne et l'ensemble de la politique israelienne, on ne parle que de 4 soldats français qui ne font pas une armée.

Phil 10/12/2015 09:29

À mon humble avis, au regard de l'actualité et depuis des décennies, le 2 poids / 2 mesures c'est plutôt Israël vis-à-vis du reste du monde. Personne ne conteste les bombardements français sur la Syrie, le Mali, le Centrafrique, etc. Deux poids deux mesures...

Coco 10/12/2015 05:17

Si les dirigeants israéliens (et les Juifs en général) se comportaient vis à vis des 'territoires' comme se comportent les dirigeants turcs vis à vis de Chypre, on pourrait alors s'étonner de la différence de traitement imposé par l'Europe. Mais ca n'est pas du tout le cas. Israel ne demande qu'a se retirer des territoires quand les turcs, eux, ne font qu'affirmer leur droit sur chypre. Ces comparaisons que nous faisons perpétuellement n'ont aucun sens.

L'Europe veut imposer des frontières à Israel ? Mais c'est très exactement ce que demandent à l'Europe les juifs de jcall dont bhl et Finkielkraut que l'on présente comme des défenseurs d'Israel. C'est la teneur des accords de genève.de Yossi Beilin. Dans quel endroit du monde voit-on des prétendus défenseurs d'un pays complètement démocratique, se réunir comme un gouvernement en exil et appeler l'Europe a intervenir pour imposer par la force la solution sortie de l'esprit de ces fêlés félons ? On accorde à l'Europe une certaine légitimité à intervenir et à imposer, elle le fait.

Par ailleurs, la question n'est pas de savoir si la présence d'un juif en Judée est légitime ou non. Il s'agit de s'interroger sur la présence d'un Israelien juif sur ce territoire et sur la nature de ce territoire. Cette présence là est au moins aussi légitime que la présence d'un français à St Denis. C'est celle d'un arabe en Judée-Samarie et en Israel que l'on peut comparer à celle d'un algérien à St Denis et plus généralement en France.

Enfin, cessons de parler d'Est et d'Ouest en ce qui concerne Jérusalem. La ville a été réunifiée bien avant la réunification de Berlin. Plus personne ne parle de Berlin Est mais nous, nous continuons avec Jérusalem Est. Ne nous étonnons alors si le reste du monde ne voit pas non plus Jérusalem comme 'une et indivisible capitale d'Israel'.

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