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15 mars 2012 4 15 /03 /mars /2012 17:31

Valeurs Actuelles - 15 au 21 mars 2012

Hessel : postures et impostures 

Essai

 

Gilles-William Goldnadel démonte le mythe “Indignez-vous !” et s’interroge sur les raisons de son succès planétaire.

Présente-t-on encore Stéphane Hessel ? Son opuscule Indignez-vous!, publié en octobre 2010, s’est vendu à des millions d’exemplaires. Traduit en trente-quatre langues, il est devenu un véritable phénomène d’édition, au point que son titre a été repris pour qualifier les mouvements de protestation dans l’Europe en crise. On aurait tort, pourtant, de croire qu’il s’agit là d’un bréviaire de l’indignation ou d’un inventaire à la Prévert des scandales de la planète. Stéphane Hessel ne s’indigne de rien, ou presque. C’est le premier constat établi par Gilles-William Goldnadel dans son dernier ouvrage, Le vieil homme m’indigne ! : « Le saint livre compte, sur douze pages de texte, une seule et unique indignation et zéro idée. Il est contre la misère et les inégalités. Il est pour les pauvres, contre les méchants et les nazis. Il est contre le terrorisme et la violence, à l’exception de celle des Palestiniens. »

De fait la lecture du best-seller déconcerte. Tout ça pour ça ? « Je pense sérieusement que c’est la première fois, dans l’histoire de l’humanité, qu’un document écrit contient aussi peu d’idées et rencontre autant de succès », ironise Goldnadel. Stéphane Hessel s’indigne du creusement des inégalités de richesse, de la politique d’immigration du gouvernement Fillon, il déplore l’affaiblissement de l’héritage social issu du Conseil national de la Résistance (CNR), fustige une société « des sans-papiers, des expulsions, des soupçons à l’égard des immigrés », bref, comme l’écrit Goldnadel, « l’ABC du catéchisme gauchisant encore en circulation ».

Mais, pour le président d’Avocats sans frontières, ce n’est pas tant la vacuité de l’opuscule, « la niaiserie de son pseudopacifisme moutonnier » qui frappent, même s’il peut être consternant d’y voir précisément une raison de son succès, c’est le choix sélectif de l’indignation en ce qui concerne la politique étrangère. Stéphane Hessel ne dit rien du régime de Damas, de la Corée du Nord, de l’Afghanistan. Il n’a pas un mot pour les chrétiens, opprimés en Orient ou au Sud-Soudan, ni pour les victimes du conflit somalien. Sa seule indignation, sa “fixation obsessionnelle”, c’est la politique menée par Israël dans la bande de Gaza ou la Cisjordanie. Commentaire de Goldnadel : « Admettons que la politique d’Israël soit non seulement critiquable – ce qu’elle est par principe – mais également condamnable et, pourquoi pas, criminelle. Il n’en demeurera pas moins qu’au regard de la monstruosité des actes commis par les États et les gouvernements cités plus haut, réserver ses uniques flèches au seul État juif relève de la focalisation maladive ».

Une obsession dans laquelle l’auteur voit l’un des marqueurs les plus sûrs d’un antioccidentalisme de type sartrien, jusqu’à cette faculté de “comprendre” la violence terroriste. Un ouvrage de décryptage au ton très vif qui dénonce aussi le suivisme indécent de certains médias prétendument iconoclastes et prompts en cette affaire à passer “la brosse à relire”.

Mickaël Fonton.

Le vieil homme m’indigne !, de Gilles-William Goldnadel, éditions Jean-Claude Gawsewitch, 56 pages, 4,90 €.

 

 

Sources : Valeurs Actuelles - 15 au 21 mars 2012

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Published by GOLDNADEL Gilles William
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commentaires

Palmoni 16/03/2012 06:16


Perso la meilleure citation du 'Le Vieil Homme M'indigne', est ceci:


'Stéphane Hessel est, en réalité, du côté du sceptre, du manche et de la cognée'.

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