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23 juin 2014 1 23 /06 /juin /2014 18:27

FIGAROVOX/CHRONIQUE - De la condamnation de toute critique du Progrès à l'aveuglement au sujet du lynchage d'un jeune rom, en passant par la réforme pénale, Gilles-William Goldnadel dénonce l'angélisme moralisateur de la gauche.

Gilles-William Goldnadel est avocat et écrivain. Il est secrétaire national à l'UMP chargé des médias. Il préside par ailleurs l'Association France-Israël. Toutes les semaines, il décrypte l'actualité pour FigaroVox.


La gauche ne supporte pas de perdre le monopole de la plainte. Elle morigène régulièrement les «déclinistes» qui croient devoir vitupérer l'époque. Les progressistes radieux en connaissent un rayon en matière de progrès, et le sinistrime proscrit d'être plus sinistre que lui. Certes, la gauche ne s'interdit pas d'être catastrophiste lorsqu'il s'agit d'annoncer le retour de la peste brune au premier bruissement de dock Martin sur le pavé, mais interdiction pour les autres de prévoir des lendemains qui pleurent.

C'est ainsi que ce samedi dans la rubrique «idées» du Monde, une philosophe a enfin compris ce qui se cachait derrière ces «déclinistes». Je vous le donne en mille: des machos nostalgiques de leur pouvoir passé. Ayant finement observé, dans une étude de genre sans concession, que Messieurs Nicolas Baverez, Pascal Bruckner et Alain Finkielkraut, étaient tous à la fois pessimistes et de sexe masculin, notre philosophe en a déduit implacablement que ce pessimisme de genre trahissait l'angoisse de la perte du sceptre phallique.

Bien. Je m'en vais donc fulminer un projet d'article pour le vespéral dans lequel je me proposerais de prouver que derrière l'immigrationnisme extatique de Mesdames Esther Benbassa, Cécile Duflot et autre Eva Joly se dissimule la rage de vouloir castrer définitivement le mâle blanc déclinant.
Et il ferait beau voir qu'on y voit quelque essentialisme sexiste.

Plus sérieusement, et je l'avoue avec une franchise virile, je ne suis pas persuadé que la France avance vers le haut. Je lui trouve même une très mauvaise mine. Et pour aggraver définitivement mon cas, je ne la reconnais plus.
Si l'on veut un symbole de cette France défigurée, l'histoire de Jean-Marc, relatée par Anne Jouan dans ces colonnes le 22 juin, en fournit la triste glaise.

Cet homme, au visage ravagé par le traitement radiothérapique d'un cancer de la langue que l'on lui a coupée après lui avoir arraché les dents, attendait quelque réconfort d'une opération réparatrice projetée par le Pr Lantieri, chef du service de chirurgie reconstructrice à l'hôpital Pompidou. Cette gueule cassée du cancer, ancien mécanicien et père de trois enfants,     touche 735 € par mois de pension d'invalidité.

Le 11 juin, l'Assistance Publique lui a adressé une lettre suspendant le programme prévu qui tient en 10 lignes, formule de politesse comprise: «budget actuellement insuffisant».

Je ne crois pas qu'il soit abusif de mettre en perspective ce refus faute d'argent avec la gabegie des dépenses publiques engagées au profit de privilégiés de tous poils, des naufrageurs du rail, aux resquilleurs artistiques, rebelles à temps plein, bohèmes sous garantie du gouvernement, Van Gogh révoltés dormant sur leurs deux oreilles, les mêmes que Philippe Muray appelait drôlement «les mutins de Panurge». Les gazettes en sont pleines, de leurs combines dénoncées stérilement par la Cour des Comptes. De la serveuse occasionnelle d'un restaurant alsacien métamorphosée en comédienne parce qu'elle servait la choucroute tous les mardis en costume régional, au collaborateur à éclipse d'une radio de service public acquise à leur cause sacrée, qui en est à son six cent douzième contrats précaire.

Jean-Marc, lui, ne souffre pas par intermittence.

Et qui a défiguré Darius, le jeune Rom cambrioleur de Pierrefitte ? Certainement pas «l'indifférence» comme le suggère doctement Le Monde, dans un de ses éditoriaux dont il a la magie, remplis de morale sentencieuse, de vivre ensemble et de nous inclusif et solidaire.
 

 

Peu de chances que la gauche, si prompte ordinairement à dresser la liste des responsables des malheurs du temps, se hasarde à questionner l'immigration sans intégration ou la justice sans dissuasion. Pourtant, les misérables habitants de la cité précitée, bien placés pour savoir les faiblesses d'un État faible, qui s'en sont remis à la justice privée, avec les rudes moyens qu'ils connaissent, n'ont que faire du prêchi-prêcha des prêtres laïcs d'une religion obsolète.
À ce stade effectivement régressif, on ne sait s'il faut incriminer la bêtise ou la folie du temps.

Ce qui s'est passé la semaine dernière au Sénat nous inciterait à opter pour la seconde branche de la sombre alternative.
Ainsi que je l'avais écrit dans une précédente chronique, l'Assemblée Nationale avait adopté la réforme du code de procédure pénale présentée par Mme Taubira, amendée à la demande pressante de François Hollande au regard de ses dispositions les plus dangereuses.

La droite, engluée dans ses querelles picrocholines, s'était illustrée par sa passivité.
Le 18 juin, la commission des lois de la Chambre Haute à majorité socialiste a gauchi davantage encore le texte. À la manœuvre, Jean-Pierre Michel, fondateur du Syndicat de la Magistrature. Celui-ci a fait adopter une nouvelle version de la contrainte pénale: elle sera une peine complètement autonome que les juges n'auront plus l'opportunité mais l'obligation d'appliquer. Ainsi, elle se substituera inexorablement à la prison en cas de «vol, recel de vol, de filouterie, de dégradation, d'usage de stupéfiants et de certains délits routiers»…


Pour faire bonne mesure, socialistes, verts et communistes sont revenus par ailleurs sur l'un des points qui avait fait casus belli entre la garde des Sceaux et l'ancien ministre de l'intérieur aujourd'hui à Matignon: la possibilité d'aménager les peines allant jusqu'à deux ans de prison pour tous les condamnés, récidivistes ou non. Ainsi, des délinquants chevronnés pourront être assurés de ne pas faire un jour de détention.


Bien entendu, les tribunaux correctionnels pour mineurs et la rétention de sûreté pour les criminels dangereux ont été supprimés.

Je ne citerai pas mes amis de l'Institut Pour la Justice, persuadés comme moi, du caractère, littéralement insensé, d'une réforme qui ferait que les auteurs d'atteintes aux biens n'encourraient plus la prison. Je citerai le très placide Christophe Régnard, président de l'Union Syndicale des Magistrats (centre, gauche modérée): «Tout cela va donc avoir des conséquences terribles sur la délinquance. Historiquement, le Sénat était le lieu de la raison. Aujourd'hui, la chambre Haute n'est plus la chambre sage.»

Je ne sais pas vraiment de quoi est faite la rage folle qui anime ceux qui s'emploient à arracher une à une les griffes déjà élimées de l'oiseau de justice déplumé. Mais je sais que l'abaissement orchestré de la dissuasion judiciaire va faire beaucoup de malheureux et de défigurés.


Le déclin est en progrès.


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Published by GOLDNADEL Gilles William
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commentaires

Palmoni 28/06/2014 14:26


Comme de coûtume.

Marcoroz 28/06/2014 10:50


Il m'en coûte, mais je reconnais que ce texte exprime un point de vue intéressant. ;-)

Palmoni 27/06/2014 23:03


Effectivement. Son langage corporel semble poser pb mais je ne comprends pas tout. Ces gens d'apparence riches et puissants sont tenus par mille entraves. Je m'abstiens de juger qq1 qui n'a pas
dit mot vu l'impérieux devoir de réserve auquel il est astreint. 


Ton lien entre "coûtume" et "coût" est intéressant. Jamais pensé. 


Voilà qqc, pas vraiment nouveau,  qui pourrait t'amuser venant d'une plume, n'est-ce pas, inconnue:


http://www.lesechos.fr/idees-debats/cercle/cercle-99975-mythe-revolutionnaire-et-fete-nationale-1014410.php


 


 

Marcoroz 27/06/2014 20:54


Il me semble que si GEM comptait sur GWG pour remettre les pendules à l'heure, il ne lui aurait pas ostensiblement tourné le dos avec mépris dès l'arrivée de celui-ci.

Palmoni 27/06/2014 19:30


Sauf s'il savait que GWG allait faire apparition; auquel cas il aurait été fondé de laisser le rôle d'avocat polémiste à GWG dont c'est le métier. 


Accessoirement (pour te faire plaisir) je ne parierais pas que tu te serais comporté autrement qu'Elmaleh dans sa situation.


L'homme est une industrie; d'autres personnes dépendent de l'image savamment étudiée qu'il projette et qui n'est pas forcément conforme à sa personne "privée". 

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