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Jeudi 19 décembre 2013 4 19 /12 /Déc /2013 13:28

Bloc-note

ACTUALITE JUIVE - N° 1281 – Jeudi 19 décembre 2013

 

Instaurer un débat fraternel

 

Les relations franches, amicales et même affectueuses que j'entretiens avec Roger Cukierman, ancien et nouveau président du CRIF me commandent d'exprimer ici le fond de ma pensée et de mon inquiétude. Je le fais publiquement, en raison de l'importance du sujet et de la sincérité que je dois à la communauté juive de ce pays. Je le fais sans alacrité et en conservant toute mon estime pour l'intéressé. Ceux qui me connaissent savent qu'il ne s'agit pas d'une précaution stylistique convenue.

Dans un entretien daté du 9 décembre, et publié par Le Monde, sous la signature de Stéphanie Le Bars, l'actuel président du CRIF, revenu récemment aux affaires, déclare vouloir « changer l'image d’un CRIF qui donne l'impression d'une institution fermée, composée de fachos sionistes, défendant inconditionnellement l'État d'Israël. Cette image ne correspond pas à la réalité ». En privé, et depuis son retour, l'interviewé tenait le même type de discours tactique.

Au-delà du fait – juridique - que les statuts du CRIF prévoient naturellement la défense de l'État d'Israël, je veux lui dire ici combien il se trompe.

Tout d'abord, au niveau des principes. Il s'agit, ni plus ni moins que d'une capitulation intellectuelle et morale dont nos adversaires vont pouvoir exulter et les amis d’Israël désespérer tout aussi légitimement.

Il est certes indéniable que l'image du CRIF et de ses présidents a souffert de devoir défendre l'État juif. Je suis moi-même assez bien placé pour savoir qu'il vaut mieux tenir un autre discours si l'on veut éviter les insultes et les avanies. Peux-je dire cependant qu'il s'agit d'un lieu commun ?

 

C'est précisément un honneur de devoir affronter le courant de la démagogie, le flot du mensonge, et la marée du conformisme intellectuel.

C'est ce qui a souvent fait la spécificité du peuple juif.

Ensuite, et par hypothèse intellectuelle absurde, s'il fallait pour des raisons tactiques s'asseoir sur les principes pour sauver l'essentiel, j'écris ici, que cette tactique serait mauvaise.

   Car le Moloch du terrorisme intellectuel qui s'acharne sur Israël et les juifs ne se contente pas de demi-mesures. Dans ces mêmes colonnes, la semaine dernière, mon ami Alain Finkielkraut reconnaissait : « les juifs, de plus en plus, doivent s'excuser d'Israël, quoi qu'ils disent et quoi qu'ils fassent, et cela ne suffit jamais. Je suis sans cesse ramené à ma défense d'Israël, critiqué moi-même pour ma défense d'Israël alors que je suis signataire de J Call… Cela ne suffit pas. Au fond, viendra le jour où, pour que les juifs redeviennent acceptables, il faudra qu'ils se désolidarisent solennellement d'Israël ».

Ainsi, si le président du CRIF voulait aller au bout de sa nouvelle logique du vouloir plaire au politiquement correct… Il devrait se faire antisioniste ! Je doute que le vaillant défenseur qu'il a été contre mauvais vent et vilaine marée lors de son premier mandat s'y résigne de bonne grâce…

 

Je veux écrire enfin, qu'à supposer même que cette stratégie de la séduction soit envisageable, elle ne pourrait pas être suivie longtemps. Roger Cukierman reconnaît en effet dans la même interview que le nouveau masque de l'antisémitisme contre lequel il souhaite désormais se concentrer est l'antisionisme (signalons au passage que le rappel de cette simple évidence a déclenché la rage des internautes et non la sympathie escomptée par son aggiornamento). Or, tous les actes et discours d'antisémitisme perpétrés contre la communauté juive de France ont pour toile de fond la détestation de l'État du peuple juif.

Je suis d'autre part convaincu que si Roger Cukierman avait été à la place de Richard Prasquier ces terribles dernières années, il n'aurait pu faire autrement que de lutter contre la calomnie antisioniste déchaînée. Il aurait dénoncé la désinformation commise par France 2 et Charles Enderlin dans l'affaire Al dura avant que la justice ne commence à le faire. Il aurait dénoncé le rapport Goldstone à l'ONU, avant que son auteur fasse amende honorable. Il aurait voulu montrer que c'est bien le dénigrement pathologique et mensonger de l'État juif qui pousse un fanatique égaré à massacrer des enfants de ce peuple dans une école de France, pour venger d'autres enfants.

 

L'heure n’est évidemment pas à la division, alors même qu'un mauvais vent de renoncement bavarois souffle jusqu'à Genève. L'heure n'est pas non plus au complexe, alors que le temple du conformisme intellectuel détestant l’Occident, donc Israël, commence à trembler sur ses bases.

 

Puisse l'actuel représentant de la communauté juive organisée méditer sur ces lignes qui n'ont d'autre vocation que de vouloir instaurer un débat fraternel.

 

Gilles-William Goldnadel

Président de France-Israël et d'Avocats Sans frontières

Par GOLDNADEL Gilles William
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