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7 avril 2010 3 07 /04 /avril /2010 00:38

TEMPÊTES DANS TROIS BÉNITIERS

 

 

La levée de boucliers des défenseurs des victimes des prêtres pédophiles, les cris d'orfraies poussées par une partie de la communauté juive, l'indignation mondiale qui a suivi le dernier sermon du prédicateur du Vatican pourraient surprendre ceux qui s'étonnent encore de l'irrationalité de l'émotion médiatique.

Certes, suggérer, au moyen de la lecture de la lettre d'un Juif compatissant, que l'injustice faite au pape et à son église sont de la même farine que le phénomène antisémite est sans doute une grosse bêtise. Mais quoi, l'esprit public ne se serait pas habitué, depuis longtemps,

à ce que le malheur juif, accommodé à toutes les sauces, soit instrumentalisé par toutes les causes au moyen du témoignage d'un juif utile ?

Encore faut-il préciser que d'habitude, ce n'est pas le banal antisémitisme que l'on enrôle, mais tout bonnement le génocide nazi que l'on compare, cette fois impunément, au sort fait aux palestiniens quand ce n'est pas au traitement des sans-papiers.

Pas de quoi donc en faire davantage à l'encontre d'un prélat qui n'accepte pas de bonne grâce de voir son maître et sa maison affublés de tous les péchés d'Israël, être victimes de tous les stéréotypes, accusés de tous les crimes.

 

Dans son dernier article, le correspondant du Monde (le 3 avril), Laurent Zecchini, qui, un temps m'avait laissé espérer quelques progrès dans la dure reconquête de l'objectivité, écrit que les Palestiniens chrétiens s'inquiètent pour leur liberté de culte à Jérusalem.

Lorsque l'on sait quelle était la situation des lieux saints avant 1967, on se demande si cet article n'était pas prévu pour le premier du mois.

Certes, le journaliste aurait beau jeu de répondre qu'il n’a fait que décrire les états d'âme de la communauté chrétienne arabe de Palestine.

Cela semble d'ailleurs devenir une sorte d'habitude, puisque dans sa précédente chronique le même reporter avait rapporté sans rire que les musulmans craignaient que les Juifs ne détruisent les mosquées de l'esplanade pour reconstruire leur Temple.

Curieusement, son journal ne semble pas avoir rapporté les fantasmes des Chrétiens espagnols de Cordoue après que des musulmans se soient mis à vouloir célébrer leur culte dans l'ancienne mosquée, devenue cathédrale  après la Reconquista, conformément, aux prêches de Zawahiri qui considère l'Andalousie comme faisant partie intégrante du Dar Al Islam. (Le Figaro du 5 avril).

 

 

Enfin, et toujours dans la catégorie des croyants indignés, on n'oubliera pas l'attitude du Saint Collège des climatologues officiels qui, offensés par le scepticisme de certains en sont venus à réclamer leur excommunication ex cathedra par les autorités temporelles.

Moi, sans y connaître grand-chose, cela me rend méfiant. Allègrement.

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Published by GOLDNADEL Gilles William
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Gilles-Michel DEHARBE 08/04/2010 20:25



Le Juif serait comme une sorte d’étranger structurel, de l’intérieur et c’est probablement pour cela qu’on tend à le confondre, avec plus ou moins de bonne foi, avec l’étranger conjoncturel,
c’est à dire l’immigré.

Or, dans la France d’aujourd’hui, il y a péril en la demeure en un certain refus - une réticence certaine - de distinguer ces deux modes d’être étranger. Il faut avouer que les Juifs de France
contribuent au quiproquo, eux dont la communauté comporte, notamment depuis l’Entre Deux Guerres, puis du fait de la décolonisation, une telle proportion d’immigrés, ce qui contribue à brouiller
le distinguo.

L'antisémitisme consistera, bien entendu, à contester aux Juifs le monopole de l’étranger reconnu et officiel, et le dit antisémitisme émanera évidemment des étrangers conjoncturels ... et des
"non-étrangers".

En réalité, l’étranger conjoncturel se trouve placé - du moins en apparence - en face d’un choix : soit s’intégrer dans la population locale majoritaire, d’ascendance sinon de culture chrétienne,
soit occuper le pôle de l’altérité assumé traditionnellement par les Juifs et de le consolider numériquement. Cela expliquerait notamment le comportement des Musulmans en France qui semblent
avoir freiné leur intégration du fait d’une sorte d’hésitation entre deux voies possibles, un peu à la façon de l’âne de Buridan.

On voit que le conflit judéo-arabe n’est pas réservé au Proche Orient.

L’étranger structurel se distingue en effet considérablement de l’étranger conjoncturel. La part des Juifs dans l’essor de la société occidentale - sur le plan scientifique, artistique,
intellectuel - est sans commune mesure avec la part des Musulmans.

Dès lors, le décalage entre Musulmans et Chrétiens en France - pour faire simple - semble plus diachronique que synchronique, c’est-à-dire qu’il est temporaire, passager et ne semble pas pouvoir
remplir de véritable fonction dialectique, de catalyseur comme c’est le cas pour les Juifs.

En revanche, les Juifs peuvent parfaitement être les étrangers structurels au sein de la société musulmane comme ils le furent par le passé. Et c’est précisément parce qu’ils peuvent l’être
qu’ils ne sauraient se retrouver, jamais, du même côté.

On risque, en France, de voir les Juifs jouer doublement le rôle d’étranger structurel : pour les Chrétiens et pour les Musulmans, charge qui serait singulièrement lourde à porter pour la
communauté qui y demeure !

Car pour les Musulmans, il semble bien - sensation qui ne peut qu’être renforcée par le conflit du Proche Orient - qu’ils aient besoin d’un étranger structurel. Ils ne sont pas, préparés, mûrs
pour assumer, pour leur part, un tel rôle.

Il revient probablement aux Juifs de jouer le rôle de sentinelles, et ne doutons pas que la part des Juifs dans la réflexion intellectuelle du XXIe siècle ne sera pas inférieure à celle qui fut
la leur au siècle précédent.


Il y avait l'hostilité traditionnelle des catholiques contre les Juifs responsables de la mort du Christ. Avec l'âge industriel se développa la figure du Juif banquier, parasite et oppresseur,
cible désignée de la gauche anticapitaliste. Mais c'est à la fin du XIXe siècle qu'est né l'antisémitisme moderne, raciste, pseudo-scientifique et antirépublicain.

Jusqu'à la Révolution, les Juifs, organisés en communauté, possèdent leur statut propre, au même titre que les autres corps du royaume (ordres, villes, provinces ou corporations). Dans une
société majoritairement chrétienne, une série d'interdits les place alors en situation d'infériorité. Même si les philosophes du XVIIIe siècle et après eux des hommes politiques tels Malesherbes,
Mirabeau ou l'abbé Grégoire veulent voir en eux des individus identiques aux autres et plaident pour leur " régénération " dans la nation, la masse de la population leur manifeste, dans certaines
provinces comme l'Alsace, une hostilité très vive. Les cahiers de doléances de 1789 se font l'écho de ces préjugés judéophobes des Français. C'est pourquoi l'émancipation des Juifs n'est acquise,
par décret, que le 28 septembre 1791. L'article 10 de la Déclaration des droits de l'homme proclamait pourtant que nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur
manifestation ne trouble pas l'ordre public. Mais un texte juridique ne saurait effacer en quelques lignes la résistance des préjugés. Après l'époque napoléonienne et le " décret infâme ", le
gouvernement de la République applique le principe de l'égalité des droits, véritablement mise en pratique par la monarchie de Juillet. Les Juifs devenus citoyens à part entière sont-ils dès lors
des Français comme les autres ? Patriotes, attachés aux idées révolutionnaires, ils se défont peu à peu des pratiques religieuses et des rites maintenus dans des régions comme l'Alsace.



serge gottheff 07/04/2010 20:39



en ce qui cencerne Laurent Zucchini, il me parait impossible qu'il retrouve un jour quelque objectivité que ce soit. Quand je lis Le Monde, j'ai toujours l'angoisse de trouver sa signature. Un
sommet a été atteint dans un article:  Le Monde Mag Nr 18 - Les Chameaux "En Israël tolérance zéro pour le chameau." Le titre est déjà une menace. Je vous le recommande. 



Peel 07/04/2010 09:39



Maître Goldnadel,


merci pour ce commentaire vif et précis.


Olivier Peel



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