LE JUSTE ET L’INJUSTE (suite sans fin)
Aussi mélangés, précisément, que les motivations qui l'ont conduit jusqu'à aller plus loin que ses prédécesseurs sur le chemin de la reconnaissance du martyre et de ses responsables.
Je lirai ici ce passage de « Chirac d'Arabie » (Grasset) écrit récemment par Éric Aeschimann et Christophe Boltanski, deux journalistes de « Libération », qui ne sont pas, inutile de le préciser, des suppôts du sionisme :
« Deux mois après son élection à la présidence de la république, Jacques Chirac fait face à la très grande Histoire : le souvenir de la Shoah. (...) Dans sa conclusion, il parle de « faute collective ». Pour la première fois, un président de la République fait sienne la part d'ombre de l'histoire de France. C'est probablement le discours le plus intense, le mieux écrit, qu'il ait jamais prononcé. Le moins mécanique, aussi. L'engagement personnel et la sincérité ne font aucun doute. (...).
Et pourtant, comme chez tous les grands fauves politiques, le rôle respectif des grandes convictions et des petits calculs demeure impossible à déterminer – et moins encore si le sujet est crucial. (...).
Chirac a pris l'habitude de passer par la gauche pour parvenir à ses fins. Dans l'entrelacs des questions liées au conflit israélo-palestinien, il aura plusieurs fois l'occasion de recourir à cette tactique.
"Qu'il ait tant d'amis juifs est un fait très important, soupire un ancien conseiller, car il pense que cela le dédouane".
Par exemple, cela l'exonère de tout scrupule quand, dans le Washington Times, il se met à voir un complot des services secrets israéliens derrière la tentative d'attentat contre un avion d'El Al, en avril 1986 ».
Dans cet hommage présidentiel aux Justes, il manqua deux choses, dont l'omission ne doit rien au hasard.
La première, est la moindre référence à l'État d'Israël qui, pourtant, les créa institutionnellement.
Je relis le début du beau texte qui est désormais gravé sur la plaque du Panthéon : « Sous la chape de haine et de nuit tombée sur la France dans les années d'occupation, des lumières, par milliers, refusèrent de s'éteindre. Nommés "Justes parmi les nations..."... ».
Il convenait, au nom de la vérité et de la justice honorées ce jour-là, d'ajouter « par l'État d'Israël ».
Cela manquera sur la pierre.
Mais sans doute, n'aurai-je pas gâché, à ma misérable échelle, la satisfaction légitime de mes contemporains, si il n'y avait eu à déplorer que ce seul manquement.
Un autre, infiniment plus grave, ne pouvait être vulgairement porté en pertes et profits.
Je vais relire ici le texte du discours présidentiel sur la leçon à tirer du passé et où il évoque le présent : « Telle est la leçon de ces années noires : si l'on transige avec l'extrémisme, il n'y a qu'une attitude : le refus, l'intransigeance. Et c'est sans merci qu'il faut lutter contre le négationnisme, contre la vérité, perversion absolue de l'âme et de l'esprit, forme la plus ignoble, la plus abjecte de l'antisémitisme. »
Il eut fallu, il était indispensable, sans qu'il soit nécessaire de nommer l'Iran islamiste, de rappeler qu'aujourd'hui ce n'était plus seulement des individus, mais un État tout entier qui organisait la forme la plus ignoble de l'abjection.
Alors même, faut-il le signaler, que nous ne sommes pas sur le terrain du complexe conflit israélo-palestinien, mais face à un régime fanatique et condamné par les nations démocratiques.
GWG
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