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Lundi 22 janvier 2007

 

 

LE JUSTE ET L’INJUSTE (suite sans fin)

 

 

Disposant de davantage de temps, je souhaiterais revenir sur ma précédente et amère chronique consécutive au discours de Chirac sur les Justes.

 

Contrairement à mes pronostics, mes  lecteurs et mes auditeurs (il s'agissait davantage d'un billet radiophonique à l'attention de Radio J. que d'un article de fond) l'ont bien comprise, à de très rares exceptions, qui m'ont donné néanmoins un goût de trop peu.

 

Tout d'abord, et pour autant que cela soit nécessaire, je tiens ici à indiquer que cet hommage solennel me paraît fort bien venu.

 

Je le dis d'autant plus nettement que j'ai par ailleurs écrit, notamment dans mes « Martyrocrates », que certaines cérémonies mondaines autour de la Shoah étaient arrivées à m'inspirer gêne et irritation. Mais rien de cela, en la circonstance. Cet hommage indispensable s'imposait.

 

Il s'imposait à l'égard de la souffrance des Juifs français ou étrangers déportés par les nazis avec la complicité de Vichy, mais, à mes yeux, il s'imposait davantage encore pour rendre enfin justice à une partie admirable du peuple français qui a fait montre d'un courage simple et d'une humanité modeste et rayonnante.

 

À l'heure où l'Histoire de ce pays et de ses habitants sont systématiquement roulées dans la fange, dans le cadre d'une repentance morbide et convenue, il fallait que cela fut fait.

 

Mais, je persiste à penser que le Président de la République à qui est revenu cette charge ne peut qu'inspirer, à cette occasion, des sentiments pour le moins mélangés.

Aussi mélangés, précisément, que les motivations qui l'ont conduit jusqu'à aller plus loin que ses prédécesseurs sur le chemin de la reconnaissance du martyre et de ses responsables.

 

Ce n'est  pas l'auteur de ses lignes qui a enfreint seul cet étrange tabou.

 

Je lirai ici ce passage de « Chirac d'Arabie » (Grasset) écrit récemment par Éric Aeschimann et Christophe Boltanski, deux journalistes de « Libération », qui ne sont pas, inutile de le préciser, des suppôts du sionisme :

« Deux mois après son élection à la présidence de la république, Jacques Chirac fait face à la très grande Histoire : le souvenir de la Shoah. (...) Dans sa conclusion, il parle de « faute collective ». Pour la première fois, un président de la République fait sienne la part d'ombre de l'histoire de  France. C'est probablement le discours le plus intense, le mieux écrit, qu'il ait jamais prononcé. Le moins mécanique, aussi. L'engagement personnel et la sincérité ne font aucun doute. (...).

 

Et pourtant, comme chez tous les grands fauves politiques, le rôle respectif des grandes convictions et des petits calculs demeure impossible à déterminer – et moins encore si le sujet est crucial. (...).

Chirac a pris l'habitude de passer par la gauche pour parvenir à ses fins. Dans l'entrelacs des questions liées au conflit israélo-palestinien, il aura plusieurs fois l'occasion de recourir à cette tactique.

 

"Qu'il ait tant d'amis juifs est un fait très important, soupire un ancien conseiller, car il pense que cela le dédouane".

Par exemple, cela l'exonère de tout scrupule quand, dans le Washington Times, il se met à voir un complot des services secrets israéliens derrière la tentative d'attentat contre un avion d'El Al, en avril 1986 ».

 

 Dans cet hommage présidentiel aux Justes, il manqua deux choses, dont l'omission ne doit rien au hasard.

 

La première, est la moindre référence à l'État d'Israël qui, pourtant, les créa institutionnellement.

 

Je relis le début du beau texte qui est désormais gravé sur la plaque du Panthéon : « Sous la chape de haine et de nuit tombée sur la France dans les années d'occupation, des lumières, par milliers, refusèrent de s'éteindre. Nommés "Justes parmi les nations..."... ».

 

Il convenait, au nom de la vérité et de la justice honorées ce jour-là, d'ajouter « par l'État d'Israël ».

 

Cela manquera sur la pierre.

 

Mais sans doute, n'aurai-je pas gâché, à ma misérable échelle, la satisfaction légitime de mes contemporains, si il n'y avait eu à déplorer que ce seul manquement.

 

Un autre, infiniment plus grave, ne pouvait être vulgairement porté en pertes et profits.

 

Je vais relire ici le texte du discours présidentiel sur la leçon à tirer du passé et où il évoque le présent : « Telle est la leçon de ces années noires : si l'on transige avec l'extrémisme, il n'y a qu'une attitude : le refus, l'intransigeance. Et c'est sans merci qu'il faut lutter contre le négationnisme, contre la vérité, perversion absolue de l'âme et de l'esprit, forme la plus ignoble, la plus abjecte de l'antisémitisme. »

 

Il eut fallu, il était indispensable, sans qu'il soit nécessaire de nommer l'Iran islamiste, de rappeler qu'aujourd'hui ce n'était plus seulement des individus, mais un État tout entier qui organisait la forme la plus ignoble de l'abjection.

 

Et, de grâce, que l'on ne m'objecte pas que la référence à « l'extrémisme » incluait implicitement mais nécessairement le pays d'Aman et Djihad.

 

Je relis ici l'éditorial extatique du Monde qui, lui non plus, n'a pas voulu y songer : « face à l'extrémisme, il n'y a qu'une attitude : le refus, l'intransigeance » a-t-il (Chirac) à nouveau martelé. Au moment où les extrêmes droites européennes renaissent chaque jour un peu plus de leurs cendres, au moment où elles constituent un groupe au Parlement européen et en confient la présidence à un français – Bruno Gollnisch (FN), poursuivi et désormais condamné pour des propos négationnistes – au moment où les 27 pays de l'Union hésitent à coordonner leurs législations pour lutter contre le négationnisme, cette mise en garde de Jacques Chirac est plus que jamais d'actualité. Il convient de saluer cette vigilance ».

 

La belle conception de l'actualité que voilà, une poignée de jours après la plus grande, la plus grave, la plus médiatisée conférence négationniste de l'après Shoah, organisée à Téhéran.

 

La belle vigilance que voilà, toujours aussi sourde, aveugle et muette devant la montée d'un antisémitisme islamique que l'on refuse même de penser.

 

La belle intransigeance que voilà, qui pense à envoyer chez les nazislamistes un émissaire, contre l'avis unanime des nations européennes – sans même parler des États-Unis – au moment où, le maniaque atomiste iranien semble donner des signes de fatigue.

Alors même, faut-il le signaler, que nous ne sommes pas sur le terrain du complexe conflit israélo-palestinien, mais face à un régime fanatique et condamné par les nations démocratiques.

 

Non, je me refuse à cautionner un tel écart vertigineux entre le passé et le présent, le verbe et l'action, le fantasme et le réel, le vrai courage et la facilité.

 

Non, cher Clovis, qui m'approuvez d'un air résigné, je ne veux pas qu'un autre Chirac puisse célébrer dans vingt ans les miséricordieux protecteurs des victimes de la nuit qui descend.

GWG

par GOLDNADEL Gilles William publié dans : BLOG-NOTE
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Jeudi 18 janvier 2007

LE JUSTE ET L’INJUSTE

  

 

Au moment où la République française et son président s’apprêtent enfin à honorer les Justes de ce pays comme il convient, je ne puis m’empêcher de ressentir une sorte d’aigreur.

 

 

Qu’on pardonne à l’avance les propos un rien iconoclastes qui suivent, mais je ne peux ni ne veux les retenir.

 

 

Tout d’abord – et pour autant que comparaison soit raison – je suis entièrement convaincu que les Justes d’aujourd’hui sont les Français non Juifs qui, dans l’ingratitude, dans l’ironie, et au parfois au détriment de leur carrière, continuent vaille que vaille, avec vaillance à défendre non seulement le droit sacré d’Israël à l’existence mais encore le droit tout aussi sacré des Juifs vivants à la sécurité et à la dignité sur une terre et un état qui leur appartiennent à tout jamais.

 

 

Pour ne prendre qu’un seul exemple, je crois – et je le lui ai donc dit – qu’un Guy Millière est un Juste d’aujourd’hui à honorer comme il convient.

 

 

Mais je veux dire aussi l’amertume que je ressens et que je ne veux pas dissimuler, de voir le même chef d’État qui honore les merveilleux Justes d’hier s’apprêter à envoyer dans l’Iran nazislamiste un émissaire officiel. On ne négocie pas, on n’atermoie pas avec un État qui se propose de détruire les survivants d’une tragédie que l’on nie par ailleurs ouvertement.

 

 

Pour le dire autrement, tout cela ne me paraît ni très digne, ni très juste.

GWG

D'après mon allocution sur Radio J

par GOLDNADEL Gilles William publié dans : BLOG-NOTE
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Lundi 15 janvier 2007

DES INDIENS À PARIS

 

 

Libération vient de publier une pétition d'artistes et d'intellectuels apportant leur soutien au malheureux Pascal Sevran, mis en cause pour ses déclarations intempestives sur les Africains et leurs mœurs.

 

On se souvient que le protecteur officiel de la chanson française – et protégé officieux de François Mitterrand – a déclenché récemment quelque remous d'eau douce pour avoir considéré lapidairement que les Noirs étaient responsables de la progression du sida en raison d'un usage immodéré de leurs « bites » (sic).

 

La seule et unique fois où j'ai rencontré Sevran, c'était sur le plateau de l'émission de Thierry Ardisson, et celui-ci, s'employait tranquillement à justifier la protection qu'avait accordée son présidentiel protecteur à René Bousquet, grand organisateur de la rafle du Vel d'hiv.

On conviendra que c'est assez peu pour me le rendre sympathique.

 

Donc, après sa dernière sortie, Pascal a été quelque peu gourmandé. Mais sans conséquences judiciaires pénales ou prud'homales.

Et c'est, à mon humble sens, tant mieux.

 

Mais c'était encore trop pour ses amis et obligés.

 

On pourrait se douter que je n'aurais pas consacré mon blog-notes d'aujourd'hui à la souffrance de celui-ci si les justifications apportées par les pétitionnaires à son soutien ne me permettaient, une nouvelle fois, de montrer que ce pays n'a rien à envier aux Indes en matière de caste prophylactique.

Il nous était, en effet, expliquer sans rire que Sevran ne pouvait pas être raciste puisque fils de réfugié espagnol et homosexuel...

 

 

 

Ce type d'explication essentialiste, cette objection suprême indiscutable, cette fin de non-recevoir touchant à l'essence même de l'être insoupçonnable et encore plus incondamnable à raison de la communauté, de la profession, du clan politique de la personne à protéger absolument nonobstant l'acte qu'il a commis est une spécialité française incontestée.

 

 

Bertrand Cantat, meurtrier de Marie Trintignant, n'était pas coupable de crime, mais victime du système judiciaire lituanien, nous expliquaient, avec l'indignation de rigueur, Armand Gatti et ses pétitionnaires du Monde, parce qu'il était artiste et qu'il avait participé aux luttes contre l'extrême droite...

 

Edgar Morin ne pouvait être poursuivi, sans infamie, en justice pour un texte infâme mettant en cause expressément les Juifs puisqu'intellectuel-Juif-de-gauche.

 

José Bové ne pouvait être sanctionné pour des délits récidivants puisque "militant syndical".

 

Enfin, et peut-être surtout, Césare Battisti, terroriste et assassin, court toujours sans que nul à Paris ne s'en soucie, parce qu'il n'était pas question d'extrader vers son pays qui le réclame toujours – tous partis confondus –  un écrivain révolutionnaire.

 

 

 

Français, ne plaignez pas vos Intouchables. Ils le font tellement mieux que vous.

 

 

 

GWG
par GOLDNADEL Gilles William publié dans : BLOG-NOTE
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Jeudi 11 janvier 2007

DES GENS TRES DISCRETS

Nous devrions pavoiser. Les islamistes des « tribunaux islamiques » de Somalie sont en déroute.

Une fois n'est pas coutume. Ils pensaient qu'Allah était avec eux. Ils tenaient Mogadiscio. Ils avaient déjà signifié aux femmes de ne sortir en ville qu'accompagnées de leurs maris.

Grâce à l'armée éthiopienne, les fous de Dieu, venus de partout, se sont sagement débandés.

Mais déjà, les gazettes européennes, d'une remarquable neutralité de la prise du pouvoir par les fous précités n'ont de cesse de s'interroger sur la date et l'heure de départ des troupes d'Addis-Abeba.

Il y a quelques jours, notre bon vieux journal vespéral indiquait qu'aux États-Unis certains contestaient le parti pris pro-gouvernemental de l'administration américaine. Plutôt que de remarquer, moins négativement, l'évidente satisfaction de la quasi unanimité des observateurs politiques et médiatiques.

Autrement dit : cache ta joie...

En réalité, et je ne l'ai écrit que trop souvent, les islamistes du Soudan ou de Somalie, de France ou d'Angleterre ne sont pas des ennemis à détester tripalement.

Toute haine est à proscrire. Ce n'est pas Ben Laden ou Zarkaoui que l'on conspue dans les rues européennes, mais Bush ou Blair.

Pas question, dès lors, de se réjouir grossièrement  de leur défaite.

Autres temps, mêmes mœurs délicats, dans son excellent « Pourquoi Hitler ? » (J.C Lattès) Ron Rosenbaum s'étonne qu'avant sa prise de pouvoir en 1933, le Führer inspirait la moquerie, le mépris, l'indifférence, l'intérêt, la fascination, la révérence, la crainte, bref, toute la palette des sentiments à la notable exception de la haine viscérale.

On apprend que plusieurs organisations humanitaires ont quitté le Darfour : « Tabassages, coups de crosses, simulacres d'exécutions, viols, pillages et destructions : c'est ce qu'ont subi, durant la nuit du 18 au 19 décembre, les personnels des associations humanitaires étrangères basées dans le sud de la province soudanaise du Darfour » (Le Monde du 6 janvier).

La lecture attentive de l'article finit par nous faire comprendre que les violences émanent des « milices arabes » soudanaises.

Les employés français d'Action contre la Faim, comme leurs homologues britanniques d'Oxfam ont été, nous dit-on, victimes d'un déchaînement de violence inouïe.

Cependant, les O.N.G sont restées, nous révèle-t-on « volontairement discrètes sur les événements »...

Au même moment, Ségolène avait l'extrême bravitude d'évoquer en Chine les « droits humains ».

Il est des jours où je préférerais être Soudanais plutôt qu'Israélien ou Tibétain. 

C'est plus cool.

Notre Président de la République pour encore quelque temps vient de prononcer son dernier discours annuel.

Il s'est attaché à appeler à une relance du règlement du conflit israélo-palestinien qui « entretient dans le monde musulman tout entier un sentiment d'incompréhension et d'injustice, comme si le nouvel ordre international comportait deux poids et deux mesures ».

Pour le bien connaître, je puis attester que le même conflit entretient dans le monde juif tout entier le même sentiment d'incompréhension et d'injustice, comme si l'ordre international de toujours comportait deux poids et deux mesures.

GWG

 

 

 

par GOLDNADEL Gilles William publié dans : BLOG-NOTE
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