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11 juillet 2016 1 11 /07 /juillet /2016 16:47

Paru dans FIGAROVOX - lefigaro.fr http://www.lefigaro.fr/vox/

http://premium.lefigaro.fr/vox/monde/2016/07/11/31002-20160711ARTFIG00151-goldnadel-apres-dallas-la-consternante-absence-du-mot-racisme.php

Après Dallas, la consternante absence du mot «racisme»

Publié le 11/07/2016

FIGAROVOX/CHRONIQUE - Pour Gilles-William Goldnadel, le drame de Dallas est révélateur d'une racialisation inquiétante des rapports sociaux accompagnée d'un antiracisme à géométrie variable.
Gilles-William Goldnadel est avocat et écrivain. Il est président de l'association France-Israël. Toutes les semaines, il décrypte l'actualité pour FigaroVox.

Ceux qui veulent bien me lire chaque semaine dans ces colonnes savent que je suis de ceux qui pensent que non seulement toute vérité est bonne à dire, mais encore que le mal à dire aggrave la maladie.

Autrement dit, en matière de non-dits, les lois de la psychologie collective sont identiques à celles de la psychologie individuelle.

Commençons par les non-dits de Monsieur Obama. Il est des mots qui lui écorcheraient sa bouche pourtant prolixe.

Après le drame d'Orlando, inutile de chercher dans les oraisons présidentielles la raison islamiste. Le «la» du diapason était ainsi donné aux médias bien disposés pour l'unisson: la faute aux armes à feu, à l'homophobie (et tant pis pour les orientations sexuelles du terroriste) mais pas question de réclamer des comptes à l'Autre es qualité de musulman radical.

Après le carnage cruel de Dallas, un mot manquait cruellement au discours du premier Américain: «raciste». Un Noir, adepte du suprématisme noir, déclarait avoir massacré des policiers blancs pour venger des crimes commis par d'autres policiers blancs. Mais le mot qui serait venu naturellement aux lèvres de n'importe qui si, par exemple improbable, un Français voulait tuer un musulman intégriste pour venger le 13 novembre ou un délinquant Noir parce qu'il aurait été volé par un autre Noir, manquait.

Comme si, ici, l'évocation du racisme d'un noir, forcément victime par essence, était impossible à dire. Et comme si le blanc, par essence raciste, n'était jamais totalement innocent.
C'est dans le creux vertigineux de ce manque que niche une grande partie du drame racial qui enlaidit la vie.

À ce stade du devoir parler vrai et sans crainte, les mots sont impuissants pour dire l'échec calamiteux du premier président noir des États-Unis d'Amérique dans sa tentative alléguée d'avoir voulu apaiser les tensions raciales.

Sans doute, le ver était logé dans le fruit racialiste de ceux qui exultaient au soir de son élection, non en raison de son habileté oratoire incontestable, de son intelligence, de son élégance et de sa prestance, mais à raison essentiellement essentialiste de la couleur de sa peau.

Et ce président n'aura eu de cesse depuis le début de sa présidence d'accuser la police d'être raciste envers les noirs et de s'en prendre particulièrement aux policiers blancs ou, plus largement, à tous les blancs susceptibles de se défendre contre des criminels. Comme le rappelle Guy Milliere dans un article du 9 juillet (Dreuz), Obama s'est appuyé pour cela sur les professionnels de la tension raciale tel Al Sharpton, et a accordé ces derniers mois son soutien à des organisations extrémistes ouvertement anti policières telles que Black Lives Matter.

À chaque fois qu'une polémique a défrayé la chronique policière et criminelle (Trayvon Martin à Stanford en Floride, Michael Brown Ferguson dans le Missouri ou Freddy Gray à Baltimore), à chaque fois Obama, pour le plus grand plaisir de la presse de gauche et des démocrates gauchisants, a pris parti systématiquement contre la police. On a vu plus tard que la justice voyait les choses moins simplement et moins systématiquement.

Je ne veux pas caricaturer ma propre pensée: je ne sous-estime pas la violence de la police américaine, à l'image de la société américaine. Je ne sous-estime pas le racisme de certains policiers blancs, pas plus que je ne sous-estime le racisme de certains délinquants noirs.

Mais j'affirme que considérer l'ensemble des faits divers précités comme le résultat d'un racisme évident plutôt que celui de l'instinct de peur ou même de la défense légitime relève d'une spéculation intellectuelle infiniment plus oiseuse que lorsqu'il s'agit de caractériser l'acte d'un criminel qui fait un carton sur des policiers blancs uniquement parce qu'ils sont blancs.

Et pourtant, dans l'hypothèse spéculative, on affirme le racisme, et dans le cas indiscutable, on le passe sous silence…
De même, je réfute par principe l'évidence propagée ad nauseam de ce que la justice américaine aurait, à chaque fois qu'elle a relaxé un policier mis en cause, fait montre de partialité. Après tout, en France aussi, des politiciens spéculant façon Benoît Hamon ont critiqué des décisions bien fondées en droit comme en fait comme dans l'affaire Ziad et Bounia.

À la suite de ces spéculations médiatiques et politiques, on imagine avec quelle sérénité intellectuelle les prochains juges américains appréhenderont les prochains «dérapages policiers» qui seront déférés devant eux.

L'opinion publique, cette catin, n'a rien à faire dans le prétoire, déclarait autrefois mon confrère Moro-Giafferi… C'est loin.

Dans ce cadre intellectuel vicié, un cercle culturel vicieux s'est agrandi sans fin. Bien sûr que la question noire américaine a été mal réglée.

Les préjugés contre les noirs, pendant des années et contrairement à ce qu'on pouvait espérer se sont envenimées après la suppression de l'esclavagisme. Les stigmates anti-noirs se sont renforcés et ont été traduits en un système de lois et de normes dites «Jim Crow» destiné à préserver l'ordre racial. Interdiction faite aux noirs de voter, d'étudier dans les écoles blanches, d'aller dans les magasins, les restaurants fréquentés par les blancs. Comme l'indique pertinemment Yuval N. Harari (Sapiens, une brève histoire de l'humanité, Albin-Michel): «Au milieu du XXe siècle, la ségrégation dans les anciens états confédérés était probablement pire qu'à la fin du XIXe siècle. Clennon King, l'étudiant noir qui voulut entrer à l'université du Mississippi en 1958, fut interné de force dans un asile psychiatrique. Le juge trancha qu'un noir était forcément fou s'il imaginait pouvoir y être admis».

Il n'en demeure pas moins que le sort des Noirs américains, leur situation sociale et culturelle se sont, depuis les années 60, très considérablement améliorés.
J'affirme qu'aujourd'hui, que par une dynamique perverse et dialectique, une sorte de choc en retour et d'un excès l'autre, les vecteurs principaux d'agrandissement du cercle vicieux se nomment racialisme obsessionnel et antiracisme professionnel, avec leur cortège de culture de l'excuse et de victimisation systématiques a priori.

De ce point de vue, Barack Obama en aura été à la fois le triste héros et la victime consentante.
Mais on aurait tort de penser que ces deux fléaux n'ont pas franchi allègrement l'Atlantique.

Que penser par exemple, puisqu'il faut parler vrai, de cet article publié sans le moindre recul le 5 juillet dans notre vespéral national et intitulé: «Dans les banlieues populaires, l'absence de Benzema ne passe (toujours) pas»?: «On veut pas de reubeus en équipe de France, on l'entend beaucoup. Il y a une identification aux joueurs exclus» (…) «Bien sûr, il y a Sissoko, Pogba qui viennent de la région parisienne, mais ma génération est déçue qu'il n'y ait pas de reubeus des quartiers, des mecs qui nous ressemblent» fait dire la journaliste à des figures de l'immigration arabo-maghrébine.

Bref de l'ethnicisme tranquille et assumé: c'est bien qu'il y ait des Noirs mais il faudrait aussi des Arabes. Quant à savoir la répartition quantitative entre marocains et algériens, l'article ne le dit pas.
Les mêmes qui n'avaient pas de mots assez durs pour Nadine Morano…

Heureusement, il n'y a pas que cela. Le Portugal a battu la France. Les Franco-Portugais n'ont pas caché, pour leur majorité, leur préférence lusitanienne. Et pourquoi non ? Une intégration réussie n'impose pas une assimilation forcée. Battus, ils ne se seraient certainement pas vengés sur le matériel urbain. Il est des immigrations heureuses quand elles sont légales, paisibles et librement acceptées par la population d'accueil. L'immigration portugaise est une chance pour la France.

C'est dit.

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Published by GOLDNADEL Gilles William
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commentaires

cfaro 20/07/2016 10:44

Je souhaitais simplement féliciter M. GOLDNADEL pour la clarté la pertinence de vos articles. Si les journalistes et les politiques pouvait sortir de l'aveuglement, ils pourraient s'inspirer de votre éclairage suir l'actualité. Je voudrais citer pour les autres lecteurs d'autres personnes courageuse telles : Alain finkielkraut, Elizabeth Levy, Malika Sorel, boualem Sansal, Eric Zemmour, Yvan Rioufol, Christophe Guilluy, Michéle Tribalat, Brice Couturier et d'autres qui nous aident à comprendre et à se sentir moins seul dans cet océan de prêt à penser.
Merci encore de vos analyses.

JM B 13/07/2016 23:44

Je crois que vous avez tout résumé de cette époque qui dit certaines choses...et en oublie sans vergogne d'autres.
Mes salutations pour votre sens de...l'éclairage.De l'intelligence disait-on autrefois...Mais c'était hier!

PJSC 11/07/2016 22:26

En dehors du fait que ce fut un plaisir de lire ce billet, vous avez, Maître, éveillé ma curiosité sur ce de Moro-Giafferi et j'ai découvert un grand Monsieur.
Aussi me permettrai-je de reprendre un de ses leitmotivs - vous diriez une de ses antiennes – qui était que l'avocat devait avoir avant tout « la science de toutes les grandes choses et de tous les arts ». Mais n'était-ce pas une époque où l'on se donnait le temps aux choses utiles et où le politico-médiatique n'avait pas encore d'emprise sur nous ?
Oui, .... C'est loin.
Et c'est révolu.

Phil 11/07/2016 21:38

En parfait gauchiste, Obama a esquivé l'assassinat d'Alton Sterling (assassiné par 3 odieux pitbulls en uniforme), puis la riposte de Dallas, par des coups de com' lamentables, déconnectés des faits, venants d'un président en fin de mandat non moins lamentable. Mais il y a des chiffres. Et avec ou sans ses minables leçons de morale, l'Amérique a un très sérieux problème:


En une année, une seule, les policiers américains ont tué quelque 509 (cinq cent neuf) personnes. Et au cours du seul mois de mars 2015, ils ont tué plus de personnes que la police britannique durant tout le XXème siècle. Alors que les Noirs américains ne représentent qu’à peu près 14% de la population du pays, ils constituent cependant jusqu’à 25% des personnes qui périssent entre les mains de la police américaine, et, fait plus inquiétant encore, les bavures graves dont ils sont victimes restent, dans la quasi-totalité des cas, impunies.


Aux Etats-Unis, selon les chiffres de l’institut ProPublica, pour ne citer qu’un seul institut sur un phénomène auquel toutes les chaînes de télévision du monde sont tellement habituées maintenant, un jeune homme Noir âgé de 15 à 19 ans court 21 (vingt et une) fois plus de risques de se faire abattre par les forces de police qu’un jeune homme Blanc du même âge. Dans les faits, quand il arrive que les Blancs aient maille à partir avec les policiers Blancs, ces derniers s’assurent que leurs concitoyens interpellés s’en sortent sains et saufs au point que cela ne fait jamais l’actualité. En revanche, quand il s’agit de leurs concitoyens Noirs, ils font vite de les neutraliser au sol, de dégainer leur arme à feu et de les abattre de plusieurs balles, plusieurs quand une seule balle est de trop, à la face du monde comme nous le montre l’actualité, sans arrière-pensée et surtout en toute impunité.

Que fait l'ONU ? Sous d'autres cieux, ceci s'appelle un génocide, voire un crime contre l'humanité.

Et il n'est pas rare qu'un mastodonte en uniforme décroche une violente droite sur une jeune femme de 45kg, qu'il s'assoie dessus, et la rende tétraplégique à vie sans qu'il n'y aie de poursuites.

Phil 12/07/2016 14:14

Mr Marchenoir, si vous lisez de travers, j'en suis fort désolé pour vous.
Je n'ai nulle part écrit que l'assassinat des Noirs par armes de service serait l'exclusivité des policiers Blancs.

Dans les faits, l'Amérique a un énorme problème avec sa POLICE, sur-entraînée, qui réagit de façon ÉXAGÉRÉMENT disproportionnée, inouïe, et les Américains eux-mêmes, les Noirs, Verts, Blancs, Bleus, Jaunes, sont les premiers à dénoncer les bestialités policières.

Au lieu de sans cesse réinventer l'eau tiède, allez voir Police violence ou Police brutality sur YouTube. Ça vaut tous les commentaires. Vous y verrez par exemple 6 flics en train de bastonner une petite femme à terre, en T-shirt, non armée, au motif qu'elle aurait craché sur un de leurs collègues.

Et si vous saviez compter, et surtout lire un peu moins de travers, vous auriez remarqué que 25% de Noirs sur 509 tués, ça fait quand-même sacrément beaucoup de Blancs génocidés par cette police.
Donc avec 75% de Blancs envoyés au cimetière par la police américaine, vous direz encore que les Noirs sont des «criminels» qui «s'entretuent» ? Y'a un bug...

Robert Marchenoir 12/07/2016 10:09

C'est vous, le gauchiste. Vous prétendez qu'il est déplorable que des policiers tuent des Noirs, mais à l'instar de la presse gauchiste américaine et française, vous omettez complètement de vous poser la question : pourquoi ont-il été tués ?

Vous faites comme si les policiers, quand ils tuent des gens, le font pour s'amuser, comme ça, pour vérifier si leur arme fonctionne.

La vérité est qu'un policier, comme n'importe qui doté d'une arme légalement, ne tire que pour protéger sa vie et celle des autres. Sauf exceptions, qu'il vous appartient, alors, vous, de prouver.

Evidemment que les Noirs américains sont beaucoup plus souvent victimes des balles des policiers. C'est parce que les Noirs sont beaucoup plus criminels que les Blancs. De très, très loin.

Les Noirs tuent et s'entretuent à tort et à travers. Le travail des policiers est de les en empêcher. Dans le cours de ce travail, leur vie est souvent menacée. Ils tirent alors en légitime défense. C'est aussi simple que cela.

Pour être honnête, vous devriez compléter vos tartines de chiffres par les chiffres comparatifs de la criminalité noire et blanche. Vous ne donnez que la moitié des faits.

Le génocide, si génocide il y a, est celui des Noirs par les Noirs, et des Blancs par les Noirs. Voilà la réalité. Quant aux "policiers qui tuent des Noirs aux Etats-Unis", là encore vous présumez que ce sont des Blancs. Faux. Ce sont, bien souvent, des policiers noirs. Pour la simple et bonne raison qu'il y a beaucoup de Noirs dans la police américaine, et plus généralement dans la fonction publique.

Dans les quartiers noirs où sévit la plus forte criminalité noire, la police est, elle aussi, massivement noire. Quand ce n'est pas le maire qui l'est.

La rhétorique gauchiste marche complètement sur l'eau. Elle est complètement détachée des faits.

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