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13 octobre 2015 2 13 /10 /octobre /2015 10:56

Paru dans FIGAROVOX - lefigaro.fr http://www.lefigaro.fr/vox/

http://www.lefigaro.fr/vox/societe/2015/10/12/31003-20151012ARTFIG00228-violences-a-jerusalem-le-point-de-vue-de-gilles-william-goldnadel.php

Publié le 12/10/2015


Violences à Jérusalem: Le point de vue de Gilles-William Goldnadel

FIGAROVOX/CHRONIQUE - Gilles-William Goldnadel revient sur les manifestations à Air France, les attentats en Turquie et les violences à Jérusalem. Pour lui, « la gauche, conserve largement le pouvoir de sidérer la pensée rationnelle. »
 
Gilles-William Goldnadel est avocat et écrivain. Il est président de l'association France-Israël. Toutes les semaines, il décrypte l'actualité pour FigaroVox.
 
Une petite ritournelle commence à être chantonnée, sous tous les tons et en canons, dedans les choeurs à gauche. Cette chansonnette raconte que désormais la droite a gagné le combat des idées par la grâce de ces polémistes réacs que l'on verrait et entendrait partout. Ce ne serait plus désormais qu'une question de temps pour que leurs idées s'imposent.
Cette chanson est jolie, et douce à l'oreille droite, mais ce n'est qu'une chanson. Il est vrai que quelques intellectuels libres, ou des pseudos à en croire notre ministre de l'éducation autrefois nationale, ont réussi à ridiculiser l'imposture gauchisante. Il est vrai qu'autrefois ceux-ci risquaient la mort civile, alors qu'aujourd'hui l'ostracisme de gauche ostracise la gauche.
Il est vrai que cette gauche gauchisante a perdu sa superbe ironie, sa faconde mordante, qui lui servait de machine à exclure du débat faussement démocratique.

Mais dans le monde virtuel, ce ne sont pas les faiseurs d'idées qui triomphent, mais les faiseurs d'émotion. Ceux qui, précisément, détiennent la capacité de sidération qui annihile le pouvoir de raisonner.

Et dans ce domaine, la gauche, conserve largement le pouvoir de sidérer la pensée rationnelle.
Elle peut non seulement compter sur ses relais médiatiques habituels, mais encore sur les esprits qu'elle a asservis depuis des lustres, mollement, à leur insu, dans le cadre, sans doute, de la plus grande et insidieuse entreprise de décérébration de tous les temps. Le progrès des idées est en train de modifier progressivement cette donne médiatique, dont les effets ne changent que lentement.

S'il en était autrement, la crise des réfugiés ou les déclarations de Nadine Morano n'auraient pas entraîné les débordements émotionnels observés. Il aura fallu le temps de la pensée pour que celui du pathos inconsidéré veuille bien s'estomper.
La semaine écoulée peut donner d'autres exemples de ce que le pathos de gauche continue largement d'imprégner les esprits labourés depuis un demi-siècle.

- Les nervis de la CGT et d'autres syndicats conservateurs, ont failli lyncher des responsables d'Air France. Les pays étrangers n'en reviennent pas de cette spécificité culturelle française qui autorise les organes fossoyeurs de l'entreprise française et leurs gros bras truands à vouloir imposer, par la force - faute de toute représentativité - leurs désirs de nuisance. Au-delà de l'approbation de Besancenot, sorte de Tintin chez les soviets, et d'un Robespierre d'opérette nommé Mélenchon, une bonne partie d'intervenants sur les médias, principalement publics, opposent à la violence de voyous qu'ils ne dénoncent que pour la symétrie, «la violence sociale». Ils refusent de voir que ce sont les mêmes qui, des deux côtés du même bâton, cognent aujourd'hui les responsables des airs après avoir estourbi hier les industries et les ports français. Déjà, au nom de la fausse paix sociale, on parle moins des sévères sanctions internes dont on menaçait il y a peu les frappes encartées.

Faut-il que l'opinion ait été matraquée par le mythe d'un syndicalisme français progressiste et défenseur des plus modestes pour que soient tolérés les matraqueurs et pour que le gouvernement compte sans rire sur ces étranges «partenaires sociaux», plutôt que sur la loi, pour moderniser une économie dont ils ont contribué à la thrombose ?

- Est déjà passé par pertes et profits, le policier à l'article de la mort pour avoir rencontré sur son chemin ce criminel chevronné en voie de radicalisation islamiste qui a bénéficié d'une permission de sortie qui ne s'imposait nullement juridiquement. Notre inénarrable Garde des Sceaux, s'en est tiré une nouvelle fois à bon compte en promettant sans frais une réflexion sur la politique carcérale. Nulle part sans doute plus qu'au pays du Mur des cons le sort des policiers et les dysfonctionnements de la justice sont considérés comme des sortes de coups du sort. La faute à pas de chance. Les mondes médiatique et juridique sont autrement moins fatalistes en d'autres circonstances. S'agissant des syndicats de magistrats, leur principale antienne est «nous sommes débordés!» Je jure que si pour l'un de mes clients, entrepreneur harassé de fatigue, je venais à plaider devant un tribunal un même argument pour tenter d'excuser le non-respect d'une obscure règle fiscale, son compte serait bon, c'est-à-dire mauvais.

Faut-il que l'opinion ait été matraquée par trois décennies de tolérance dix mille, expliquée là encore par le mythe d'une violence sociale expliquant donc excusant la violence criminelle, pour tolérer l'intolérable et rendre les responsables irresponsables ?

- En politique étrangère, la même décérébration explique le regard oblique d'une opinion endormie par la xénophilie depuis 30 ans.
C'est selon ces règles inconscientes que le casting des bons et des méchants est ordonné depuis longtemps. Méchant Victor Orban, coupable principalement de vouloir faire respecter les règlements européens en matière de frontières. Jusqu'à peu, Recep Tayyip Erdogan était considéré par cette presse gauchisante qui s'est tellement toujours trompée qu'elle persévère dans la certitude de son infaillibilité, comme un gentil «islamo- conservateur» qui avait prouvé que l'islamisme modéré n'est pas un oxymore. Et tant pis si la Turquie détenait le record des journalistes embastillés, ou qu'elle aidait en sous-main les salafistes. Encore aujourd'hui, le sultan ottoman bénéficie d'un traitement de faveur: il peut venir cracher sur l'Occident jusque dans Strasbourg, que les journalistes accrédités dans son dernier meeting acceptent de s'asseoir gentiment sur leur derrière, en fonction de leur sexe.

Si j'osais, je comparerais le même traitement, selon les mêmes règles, s'agissant des responsables israéliens et palestiniens. M. Nétanyahou, le «nationaliste», a bien mauvaise presse. Mahmoud Abbas quant à lui fait figure médiatique de gentil «modéré».
Sans remonter une nouvelle fois aux origines du conflit, chacun s'accorde à reconnaître que dans sa dernière séquence celui-ci a pour cause la querelle à propos de l'esplanade des mosquées-mont du temple.

Il ne se sera pas trouvé un seul journaliste hexagonal pour dire que l'intention prêtée aux responsables israéliens d'empêcher les musulmans d'exercer paisiblement leur culte à l'intérieur de leurs mosquées relevait du fantasme incantatoire islamiste.
Il ne s'en est pas trouvé non plus un seul- au rebours de la presse étrangère-pour révéler la teneur du discours du «modéré» président palestinien à la télévision officielle daté du 16 septembre à propos des émeutes qui commençaient à Jérusalem, organisées par les extrémistes qui agressaient ces juifs venus pour prier pendant leur fêtes religieuses: «Nous bénissons les Mourabitoun, nous saluons chaque goutte de leur sang versé à cause de Jérusalem. Ce sang est pur, ce sang est propre, versé au nom d'Allah, chaque martyr aura sa place au paradis. La mosquée Al Aqsa, l'église du Saint-Sépulcre, tout est à nous, entièrement à nous ; ils n'ont pas le droit (les juifs) de les souiller de leurs pieds sales

Depuis, et compte tenu de l'aggravation de la situation, Mahmoud Abbas a tenté de mettre de l'eau sur le feu. Mais comme le disait déjà le clairvoyant Bourguiba: «Les chefs arabes sont toujours étonnés d'être pris au pied de la lettre et de ne plus savoir éteindre les incendies qu'ils ont allumés.»

Je ne veux pas prétendre ici que la partie israélienne sois exempte de reproches, a fortiori son premier ministre, plus pragmatique qu'on ne le dit, mais affaibli au sein d'une coalition gouvernementale trop à droite, pour cause de système électoral littéralement criminel.

Je persiste néanmoins à penser que dans un cadre intellectuel libéré de tout surmoi xénophile, la première question qui vaudrait d'être posée sans crainte de blasphémer serait de savoir pour quelle miraculeuse raison le monde palestinien échapperait à une radicalité islamiste qui met le feu à toute la région.
La question ne sera pas posée.

Pas de quoi pousser la chansonnette, le progrès des idées n'est que très progressif.



 

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Published by GOLDNADEL Gilles William
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commentaires

PJSC 21/10/2015 22:14

@ marcoroz
"Nous avions déjà compris que GWG se situait tout aussi nettement à gauche en Israël qu'il se situe à droite en France." Non, c'est vrai ? Notre binational GWG de la droite française tendrait vers la gauche israélienne ??
Ça fait plutôt désordre. A moins que ce ne soit par commodité .....politique oblige ;-)

Coco 13/10/2015 19:52

Jérusalem, le Kotel, le Mont du Temple...c'est comme les Territoires, c'est pas 'la religion' de GWG.

Marine 13/10/2015 19:19

Depuis le début, tous les efforts de négociation ont échoués pour une seule et même raison : l'incapacité des arabes à partager cette Terre : refus du Plan de Partage, le Triple Non de Karthoum, l’obsession du retour des réfugiés, etc. Du coup, de quoi peuvent-ils se plaindre sinon de ces satanés juifs qui refusent de se suicider en acceptant les soit disant 5 millions de "réfugiés" qui chantaient "les juifs à la mer" avant de fuir les combats ? En résumé, aujourd'hui, les arabes poignardent des juifs parce ces derniers refusent de vivre sous domination musulmane comme leurs ancêtres, ces salauds de juifs refusent d'être des dhimmis.

Marcoroz 13/10/2015 11:24

"une coalition gouvernementale trop à droite, pour cause de système électoral littéralement criminel" : qu'est-ce à dire? Le système électoral israélien favoriserait-il la droite ? Pourtant je ne sache pas que ce système ait changé depuis le temps où la gauche était au pouvoir en Israël. Et serait-ce "criminel" de favoriser la droite ? Le crime serait de droite ? Nous avions déjà compris que GWG se situait tout aussi nettement à gauche en Israël qu'il se situe à droite en France. Ce qui n'est pas sans contradiction, même si l'on sait que les clivages politiques, et donc les notions de "droite" et de "gauche", ne sont pas les mêmes en Israël qu'en France. Mais là, il me semble que ça déraille un peu trop.

Phil 14/10/2015 20:10

C'est dans la continuité de Nicolas Sarkozy qui, en 2009, avait eu le culot d'intimer à B.Netanyahu l'ordre de virer le ministre Avigdor Liebermann. Cette ingérance délirante n'avait pas été suivie d'effet, bien entendu.

Coco 13/10/2015 19:10

C'est Michel Darmon qui doit se retourner dans sa tombe.

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