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27 mai 2015 3 27 /05 /mai /2015 11:23

Paru dans FIGAROVOX - lefigaro.fr http://www.lefigaro.fr/vox/

http://www.lefigaro.fr/vox/societe/2015/05/27/31003-20150527ARTFIG00080-affaire-zyed-et-bouna-le-requisitoire-de-goldnadel-contre-la-justice.php

Affaire Zyed et Bouna: Le réquisitoire de Goldnadel contre la justice

Publié le 27/05/2015

FIGAROVOX/CHRONIQUE - Gilles-William Goldnadel s'insurge contre les commentaires qu'a suscités la relaxe des policiers jugés pour le drame de Clichy-sous-Bois en 2005. Il dénonce une justice qui perd son objectivité face aux pressions médiatiques.

Gilles-William Goldnadel est avocat et écrivain. Il est secrétaire national à l'UMP chargé des médias. Il préside par ailleurs l'Association France-Israël. Toutes les semaines, il décrypte l'actualité pour FigaroVox.


Misère de la victimisation catégorielle. Horreur de la spéculation idéologique.
La semaine dernière, j'évoquais les divagations cambadéliennes sur la xénophobie supposée d'un Sarkozy osant critiquer une Vallaud parce que née Belkacem. Cette semaine, je voudrais faire un sort identique à certains commentaires affligeants ayant accueilli au matin du 19 mai le verdict du tribunal de Rennes ayant prononcé la relaxe des deux policiers poursuivis pour non-assistance à personne en danger, dans l'affaire dite de la mort de Zyed et Bouna.

Passons sur la déclaration de l'avocat de la famille des plaignants, proche de François Hollande, évoquant «un apartheid judiciaire». Celui-ci n'a pas à être objectif et n'a fait qu'employer, en surfant sur un mot tristement tendance, les vieilles ficelles usées d'un Vergès, convoquant le juif Dreyfus, au soir de la nouvelle condamnation de son client Omar Raddad. Après tout, cette stratégie antiraciste au lendemain d'un désastre judiciaire fut couronnée de succès, puisqu'Omar fut gracié et largement réhabilité artistiquement. À défaut d'être innocenté.

Ce fut exactement la même stratégie victimaire et médiatique qui permit à Véronique Akobe, domestique ivoirienne, condamnée définitivement par la justice des Alpes-Maritimes pour l'assassinat de la famille Schar de bénéficier d'une grâce présidentielle. Je crois avoir été le seul à oser dénoncer cette violation du droit à la justice pour tous, y compris pour une famille française (Figaro 13 août 1996, «Les Martyrocrates» (Plon 2004)). À cette époque, l'évocation des obsessions raciales et xénophiles de l'idéologie gauchisante, n'étaient pas en odeur de sainteté intellectuelle.

Ce qui est remarquable dans l'affaire Zyad et Bouna, c'est qu'il ne s'est pas trouvé un seul observateur, le moindre chroniqueur judiciaire, pour oser prétendre que les magistrats rennais auraient violé le droit ou malmené seulement les faits. Et pourtant, il est non moins remarquable, qu'il se sera trouvé un Benoît Hamon, au micro bienveillant de France Inter, pour insister lourdement sur la couleur et sur l'origine des victimes et évoquer la désespérance des habitants «des quartiers populaires», au lendemain d'une décision qui lui faisait chagrin. Il se sera trouvé également, le 19 mai, dans les colonnes du Monde, un professeur, non de droit mais de sociologie, pour énoncer aussi doctement que gratuitement que «la relaxe des policiers était un verdict politique». Plus fort encore, celui-ci faisait un rapprochement scabreux avec les affaires de Ferguson et de Baltimore, alors même que les policiers français mis en cause n'ont pas touché un cheveu des malheureuses victimes. La seule chose aujourd'hui incontestable est que le calvaire judiciaire des deux policiers aujourd'hui blanchis aura duré 10 ans.

Difficile de faire davantage étalage d'une conception étroitement racialiste de la justice humaine, basée sur le préjugé, l'a priori, le fantasme, l'obsession, la spéculation, bref et en cinq maux, l'exact contraire d'une justice objective et sereine.
Certes, les jeunes des banlieues ont été plus intelligents et pondérés que ces commentateurs pyromanes venus verser de l'huile frelatée sur du feu sous la cendre. Apparemment, même eux commencent à trouver indigestes les discours indigents.

Certes encore, le tribunal rennais n'a pas cédé devant l'intimidation médiatique et morale. Mais qui peut être sûr qu'il en sera de même la prochaine fois qu'un policier ou qu'un cadre poursuivi pour harcèlement par la CGT, qu'un particulier mal en cour ou antipathique à M. Hamon ou à ses amis si subtils seront déférés devant lui?

J'affirme ici, et connaissant un peu le sujet, que tout justiciable innocent mais correspondant au portrait précité est en état d'insécurité juridique permanent. La confiance dans la justice de mon pays s'est abîmée sur le roc de la perversion des rapports malsains entre la justice et la presse. Je suis convaincu qu'il existe trop souvent une non-assistance morale et intellectuelle à justiciable en danger.

Les pressions médiatiques. Dans un domaine très voisin, le juge Burgaud les a invoquées à décharge pour tenter d'excuser les errements d'une instruction aujourd'hui unanimement vilipendée, mais qui aura été encensée par une presse aussi dénuée d'esprit critique hier qu'elle est impitoyable à présent envers lui.

À Outreau, ce n'était pas le racisme qu'il fallait terrasser, mais la pédophilie de notables forcément coupables car dénoncés par des enfants eux aussi forcément irréprochables.
La pression sur les juges aujourd'hui, n'est plus politique, elle est idéologique, moralisatrice et narcissique pour raisons médiatiques. Pour être plus pernicieuse, elle est moins irrésistible. Et au fond, on peut attendre d'un juge, qu'il dise le droit et qu'il résiste. Au besoin contre lui-même.

Encore faut-il le lui demander. En pleine déconfiture de l'affaire, la présidente de la cour d'appel de Douai, juridiction qui entérina constamment l'instruction du juge aujourd'hui déconfit, se trouva invitée à donner son avis sur celui-ci au micro de France Inter. Pleine de condescendance, cette éminence, membre à la fois du Conseil Supérieur de la Magistrature et du Syndicat du même nom, plaida aussi l'indulgence envers son collègue, en mettant en avant la pression engendrée par le désir impérieux de la société de lutter contre la pédophilie.

Pas un seul instant, le magistrat ne semblait s'interroger sur sa propre responsabilité. Pas un seul instant, il ne décrétait l'impérieux devoir de résister aux pressions pernicieuses des Hamon, des professeurs de sociologie, des ligues féministes ici ou antiracistes là, des journaux bien-pensants avec des arguments indigents, du Moloch médiatique en quête frénétique de pitance pour les consommateurs-voyeurs d'informations graveleuses et enfin et surtout de sa propre idéologie.

Ça tombait bien, personne ne le lui demandait. Et tant pis pour les jetés en pâture au Carlton de Lille, à Rennes ou à Outreau.

Tant pis aussi, pour les vraies victimes de viol ou de racisme, que l'on ne croira plus à force d'avoir joué imprudemment avec la victimisation idéologique en préfabriqué
.

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Published by GOLDNADEL Gilles William
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commentaires

Robert Marchenoir 28/05/2015 15:51

J'ajoute que dans "l'affaire de Ferguson", aux Etats-Unis, le policier mis en cause a tout à fait légitimement abattu en légitime défense le "jeune Noir désarmé" que les médias nous présentent comme une victime. Il y a eu inculpation, enquête, procès, et le tribunal a rendu son verdict, suite à d'innombrables témoignages et pièces à conviction.

Mais ça, évidemment, il faut vous battre les flancs pour l'apprendre en lisant la presse française, qui répète jusqu'à l'écoeurement les mots "jeune Noir désarmé tué par la police", sans jamais ajouter, tout de suite après, "en légitime défense".

Comme si un jeune Noir ne pouvait pas tuer un homme à mains nues ou à coups de pied dans la tête ! Comme si cela n'arrivait pas tous les jours, aux Etats-Unis et en Europe ! En l'occurrence, le "jeune Noir désarmé" (qui pesait quand même 120 kilos) avait essayé de tuer le policier avec le pistolet de ce dernier. Même le mot "désarmé" est un mensonge...

Concernant l'affaire française, il faut noter qu'il a fallu pas moins de dix ans pour disculper les policiers ! Le cas était pourtant simple, et l'enquête dépourvue de mystère...

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