OBAROMÈTRE DE L’ESPOIR ET DES DOUTES
Ne craignons pas de dire notre perplexité, ne dissimulons pas notre scepticisme, ne
cachons pas notre circonspection, ne camouflons pas nos craintes, mais disons-le tout de suite, si nous voulons laisser parler notre raison, le meilleur ou le pire, ou les deux à la fois, peuvent
sortir du discours prononcé jeudi dernier au Caire par le nouveau président adulé.
Mais laissons tout d'abord parler notre cœur. Certes, nous voyons bien tout l'intérêt, et je l'ai souvent écrit ici, de se concilier
l'opinion publique musulmane et modérée que je n'ai jamais considérée comme relevant d’un oxymore.
Mais personne ne m'empêchera d’écrire que cet exercice de grand style qui prit parfois
des accents de repentance me laisse un petit goût amer.
Nul ne peut en effet, sans bêtise ou sans mauvaise foi, prétendre que l'Amérique avait commis le péché d'amalgame entre islam et
islamisme.
George W. Bush junior, lui-même, ce pelé, ce galeux, cet infâme, que son nom soit rayé du livre du genre humain, s'était rendu
quelques heures après le 11 septembre 2001 dans une mosquée américaine pour bien signifier à ses compatriotes qu'il ne fallait pas commettre de funestes confusions. Le même, qu'il rôtisse dans
les flammes de l'enfer bien avant Ben Laden, organisait chaque année à la Maison-Blanche la cérémonie de l'Aïd il Fitr, ce qui n'est, on en conviendra, pas la marque d'une excessive
islamophobie.
Il est vrai que les stupidités écœurantes commises à Abou Graib ont desservi terriblement la cause de la juste guerre au terrorisme
islamique, et que les ambiguïtés judiciaires, on le voit aujourd'hui, inévitables de Guantanamo ont été exploitées jusqu'à la corde par les martyrocrates professionnels.
Personne ne pourra non plus m'empêcher d'écrire que si les protestations du monde musulman contre les excès de l'islamisme avaient su
se faire plus fortes pour égaler, par exemple, la vigueur de ses protestations contre les caricatures du prophète, la crainte d'un prétendu amalgame eut été moins vive. Personne ne m'empêchera
d'écrire encore que les exploits de Ben Laden, du Hamas, du Hezbollah ont rencontré souvent, ici et là, dans les mosquées ou dans les cités une approbation grosse d'inquiétude légitime.
Personne ne pourra m'empêcher d'écrire que le haut lieu du discours, en plein milieu d'une université islamique célèbre pour ses
péroraisons antijuives, dans un pays où les femmes coptes s'obligent à porter le voile par crainte d'être violentées n'étaient pas des mieux choisis.
Personne enfin ne pourra me consoler de la fausse symétrie d'un discours rendant hommage aux victimes de la Shoah pour mieux
s'apitoyer devant les malheurs d'un peuple arabe de Palestine victime, lui et avant tout de son refus obsessionnel de l'existence d'un État juif.
Mais enfin, et laissant parler ma seule raison, mon pauvre cœur ayant été un peu épanché, fasse le ciel que cette main tendue ne soit
pas prise pour celle du mendiant que l'on méprise, mais pour celle de l'ami que l'on respecte.
Dussé-je décevoir mes amis les plus chers, je souhaite que l'un de ceux-ci, en la personne de Benjamin Netanyahou, avec toutes les
réserves qu'impose le besoin de sécurité de son peuple, accepte la solution des deux états préconisés par l'imprécateur américain.
Et ayant écrit ces lignes, je m'aperçois combien elles sont inutiles et superflues.
D'abord, parce que cette solution a été acceptée, non sans douleur, par le mouvement sioniste dès 1937 devant la commission
Peel.
Ensuite, parce que ce partage de la Palestine mandataire (déjà amputée de la Jordanie habitée depuis par une majorité palestinienne)
entre deux états, l'un juif, l'autre arabe, a été voté par l'ONU en 1947, accepté par la partie juive et refusé, depuis, je l'ai dit, par les Arabes de Palestine.
Ce refus est aussi manifeste qu’il est occulté : Mahmoud Abbas, le président «modéré» de l'autorité palestinienne affirmait encore, il
n'y a pas un mois, que jamais les Arabes de Palestine n'accepteraient Israël en tant qu'État juif.
Voilà qui relativise singulièrement la portée des incantations d’Obama à l'adresse du monde arabe, lorsqu'au Caire il n'a pas mis ce
point capital sur le I d'Israël.
Faut-il rappeler que ce refus aussi systématique que violent précédait et de beaucoup l'existence des implantations créées depuis
1967 ?
Je n'ai pas le moindre doute que l'immense majorité des Israéliens (cela est confirmé par tous les sondages) seraient prêts à
entériner cette solution déjà acceptée s'ils n'étaient pas persuadés, pour l'heure, que le refus arabe n’a pas cessé.
Et ce refus, n'en déplaise aux beaux esprits, ne concerne pas seulement le Hamas, il concerne, hélas, hélas, hélas, l'immense majorité
de ce peuple arabe de Palestine qui conserve jalousement les clés de la maison perdue autour de son cou.
Je cite l'ambassadeur de l'autorité palestinienne, Abbas Zaki, dans un discours daté du 16 mai dernier, mais qui,
évidemment ne sera repris par personne : «avec la solution à deux états, à mon avis, Israël s'effondrera parce que s'ils quittent Jérusalem, que
deviendront tous les discours sur la terre promise et sur le peuple élu, que deviendront tous les sacrifices qu'ils ont faits juste pour qu'on leur dise de partir ?
Ils considèrent que Jérusalem a un statut spirituel. Les juifs considèrent la
Judée Samarie comme étant leur rêve historique. Si les juifs perdent ces endroits, l'idée sioniste va commencer à s'effondrer. Elle régressera d'elle-même. Alors nous
avancerons.
L'usage des armes seules n'apportera pas de résultat, et l'usage de la
politique sans les armes n'apportera pas de résultat. Nous agissons sur la base de notre vaste expérience. Nous analysons notre situation soigneusement. Nous savons quel climat mène à la
victoire, à quel climat mène au suicide. Nous parlons de politique, mais nos principes sont clairs. C'était notre leader pionnier, Yasser Arafat, qui à persévéré avec cette révolution, quand des
empires se sont effondrés. Notre lutte armée dure depuis 43 ans et notre combat politique, à tous les niveaux, dure depuis 50 ans. Nous avons récolté des résolutions de l'ONU et nous humilions
les pays pour qu'ils ne se lient pas contre nous, parce que le monde est mené par des gens qui ont mis leurs intelligences au repos, l'administration américaine et les
néoconservateurs.
L'OLP est le seul représentant légitime (du peuple palestinien) et il n'a pas
changé son programme même d'un iota. Étant donné la faiblesse de la nation arabe et son manque de valeurs et étant donné le contrôle américain du monde, l'OLP procède par étapes, sans changer de
sa stratégie. Laissez-moi vous dire que quand l'idéologie d'Israël va commencer à s'écrouler et que nous prendrons, au moins, Jérusalem, l'idéologie israélienne s'effondrera complètement et nous
commencerons à progresser avec notre idéologie propre, par la volonté d'Allah et les chasserons de toute la Palestine ». (Source : Memri).
Voilà pourquoi, je n'ai pas la moindre estime pour ce mouvement national palestinien qui continue, on le voit, de nourrir ses
illusions irrédentistes, qui par le terrorisme, qui par la ruse, qui, comme Arafat, par les deux à la fois.
Et pourtant, en dépit de cela, et j'oserais dire, à cause de cela, j'attends des dirigeants israéliens, et je suis sûr que l'actuel
premier ministre israélien aura l'intelligence et le courage nécessaire, de rappeler, une nouvelle fois à ce monde sourd, aveugle et manifestement amnésique, qu'Israël est toujours prêt au
compromis historique, mais pas au prix de son suicide.
Et ayant, rappeler ce principe d'équité et de sagesse, il rappellera également au monde que les mots de détermination et de colère
existent également dans le champ lexical hébraïque.
GWG